Sujet 4 · Bac Philosophie Antilles-Guyane session normale 2021

Thème : La liberté · Tiré du sujet Session normale (2021)

Énoncé

Sujet 4

Expliquer le texte suivant:

On peut entendre par liberté autre chose que la possibilité d’obtenir sans effort ce qui plaît. Il existe une conception bien différente de la liberté, une conception héroïque qui est celle de la sagesse commune. La liberté véritable ne se définit pas par un rapport entre le désir et la satisfaction, mais par un rapport entre la pensée et l’action; serait tout à fait libre l’homme dont toutes les actions procéderaient d’un jugement préalable concernant la fin qu’il se propose et l’enchaînement des moyens propres à amener cette fin. Peu importe que les actions en elles-mêmes soient aisées ou douloureuses, et peu importe même qu’elles soient couronnées de succès; la douleur et l’échec peuvent rendre l’homme malheureux, mais ne peuvent pas l’humilier aussi longtemps que c’est lui-même qui dispose de sa propre faculté d’agir. Et disposer de ses propres actions ne signifie nullement agir arbitrairement; les actions arbitraires ne procèdent d’aucun jugement, et ne peuvent à proprement parler être appelées libres. Tout jugement porte sur une situation objective, et par suite sur un tissu de nécessités. L’homme vivant ne peut en aucun cas cesser d’être enserré de toutes parts par une nécessité absolument inflexible; mais comme il pense, il a le choix entre céder aveuglément à l’aiguillon 1 par lequel elle le pousse de l’extérieur, ou bien de se conformer à la représentation intérieure qu’il s’en forge; et c’est en quoi consiste l’opposition entre servitude et liberté.

S. WEIL, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale (1934)

1 « aiguillon »: bâton pointu qui sert à piquer les bœufs pour les faire avancer

Énoncé: Sujet 4 · Bac Philosophie Antilles-Guyane session normale 2021

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Expliquer le texte de Simone Weil (Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale, 1934)

Réponse : Éléments d'explication méthodique : Thème : La nature de la liberté humaine et son rapport à la nécessité. Thèse : La véritable liberté ne réside ni dans la facilité ni dans la satisfaction des désirs, mais dans le pouvoir de la pensée de guider rationnellement l'action au sein d'un monde entièrement soumis à la nécessité. Problème : Comment l'homme peut-il être dit libre s'il est enserré de toutes parts par une nécessité inflexible ? Structure et analyse linéaire du texte : 1. Lignes 1 à 7 (« On peut entendre... à amener cette fin ») : Réfutation de la conception illusoire de la liberté et définition de la liberté véritable. - Simone Weil écarte d'abord la définition vulgaire de la liberté conçue comme absence d'obstacle et satisfaction spontanée de tous les caprices (« obtenir sans effort ce qui plaît »). - Elle lui oppose une conception « héroïque », qui substitue au rapport *désir/satisfaction* le rapport *pensée/action*. - La liberté authentique est l'autonomie d'un agent dont les actes dérivent d'un jugement préalable fixant à la fois les fins poursuivies et l'articulation méthodique des moyens nécessaires. 2. Lignes 7 à 12 (« Peu importe... être appelées libres ») : L'indépendance de la liberté à l'égard de l'échec et du caprice arbitraire. - La réussite ou l'échec matériel, le plaisir ou la souffrance, n'entament pas la dignité de l'homme libre tant qu'il demeure maître de sa faculté de vouloir et de décider. - Weil récuse ensuite la confusion entre liberté et libre arbitre indifférent ou caprice arbitraire : l'action arbitraire est esclave de l'impulsion et vide de pensée ; elle ne peut être dite libre. 3. Lignes 12 à 19 (« Tout jugement porte... servitude et liberté ») : La conciliation de la liberté et de la nécessité universelle. - Le jugement de l'esprit ne s'exerce pas dans le vide : il prend acte du « tissu de nécessités » matérielles et biologiques qui contraignent l'homme. - La nécessité est inflexible, mais la pensée permet de modifier radicalement la manière dont l'homme la subit : soit il est conduit aveuglément de l'extérieur comme une bête sous l'aiguillon (servitude), soit il comprend les lois de la nécessité, s'en forge une représentation intérieure claire et agit en connaissance de cause (liberté). - La liberté selon Simone Weil est donc l'assomption lucide et méthodique de la nécessité par l'intelligence.

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