Sujet de dissertation 1 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Antilles-Guyane 2026 (jour 1)

Thème : L'histoire et les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes · Tiré du sujet Jour 1 (2026)

Énoncé

Sujet de dissertation 1

Construire les mémoires des génocides des Juifs et des Tsiganes.

Il est demandé au candidat de rédiger une dissertation structurée (introduction, développement argumenté illustré d'exemples précis, conclusion).

Énoncé: Sujet de dissertation 1 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Antilles-Guyane 2026 (jour 1)

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Construire les mémoires des génocides des Juifs et des Tsiganes.

Réponse : Proposition d'un plan détaillé et éléments de contenu attendus : Introduction - Accroche : Le procès Eichmann à Jérusalem (1961) ou le discours de Jacques Chirac au Vel d'Hiv en 1995, qui marquent des tournants mémoriels décisifs. - Définition des termes : « Construire » indique une élaboration progressive, non linéaire, politique et sociale. Les génocides des Juifs (Shoah) et des Tsiganes (Samudaripen) ont été perpétrés par l'Allemagne nazie et ses collaborateurs. Ils ont fait environ 6 millions de victimes juives et entre 220 000 et 500 000 victimes tsiganes. - Problématique : Comment la construction des mémoires des génocides des Juifs et des Tsiganes est-elle passée de l'oubli et de l'invisibilisation à une reconnaissance institutionnelle, patrimoniale et universelle, tout en révélant des temporalités et des asymétries mémorielles ? - Annonce du plan : 1) Une mémoire immédiate longtemps occultée et fragmentée (1945 – années 1960) ; 2) Le réveil des mémoires et l'affirmation des témoins (années 1960 – années 1980) ; 3) L'institutionnalisation, l'universalisation et les défis mémoriels contemporains (depuis les années 1990). I. Une reconnaissance immédiate difficile et asymétrique (1945 – années 1960) - *A. L'immédiat après-guerre et la justice internationale* : au procès de Nuremberg (1945-1946), l'extermination est jugée dans le cadre des « crimes contre l'humanité », sans que la spécificité de la destruction des Juifs et des Tsiganes soit clairement distinguée. - *B. Le « grand silence » et les mémoires nationales concurrentes* : les mémoires héroïques et résistancialistes dominent en France comme en URSS. Les survivants cherchent à se réinsérer et témoignent peu, dans un climat peu réceptif. Quelques premiers jalons existent néanmoins : le Mémorial du martyr juif inconnu à Paris (1956) et Yad Vashem (1953). - *C. L'oubli spécifique du génocide des Tsiganes* : les Roms et Sinti restent marginalisés. La dimension raciale de leur persécution est niée : en RFA, elle est longtemps assimilée à des mesures de police contre des « asociaux », jusqu'en 1982. II. Le tournant des années 1960-1980 : l'émergence des témoins et de l'histoire scientifique - *A. La libération de la parole et les procès retentissants* : le procès Eichmann (1961) place les victimes et les témoins au centre. Suivent le procès d'Auschwitz à Francfort (1963-1965), puis le procès Barbie en France (1987). - *B. Le rôle des historiens, des militants et des vecteurs culturels* : - travaux de Raul Hilberg (*La Destruction des Juifs d'Europe*, 1961) et de Robert Paxton (*La France de Vichy*, 1973) ; - action de Serge et Beate Klarsfeld ; - série télévisée américaine *Holocaust* (1978) ; - film *Shoah* de Claude Lanzmann (1985). Face à eux se développe le négationnisme (Faurisson). - *C. Les premières luttes pour la reconnaissance tsigane* : les associations sinti et roms se mobilisent en Allemagne (grève de la faim à Dachau en 1980). Le chancelier Helmut Schmidt reconnaît officiellement le génocide en 1982. III. Institutionnalisation, patrimonialisation et enjeux actuels (depuis les années 1990) - *A. La reconnaissance officielle par les États* : vote de la loi Gayssot (1990) contre le négationnisme, puis discours de Jacques Chirac au Vel d'Hiv (1995), qui reconnaît la responsabilité de l'État français. D'autres États européens présentent des excuses officielles. - *B. La patrimonialisation et les lieux de mémoire* : - Auschwitz est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO (1979) ; - ouverture du Mémorial de la Shoah à Paris (2005), du Mémorial aux Juifs assassinés d'Europe à Berlin (2005) et du Mémorial aux Sinti et Roms à Berlin (2012) ; - le 27 janvier devient journée internationale (ONU, 2005) ; - le 2 août est reconnu comme journée européenne de commémoration du génocide des Roms (Parlement européen, 2015) ; - en France, François Hollande reconnaît en 2016 la responsabilité de l'État dans l'internement des « nomades » (camp de Montreuil-Bellay). - *C. Les défis contemporains* : - disparition des derniers témoins et passage de la mémoire à l'histoire ; - transmission scolaire ; - persistance du négationnisme et de l'antisémitisme ; - discriminations persistantes envers les Roms ; - asymétrie durable entre une mémoire de la Shoah devenue paradigme universel et une mémoire tsigane encore peu connue. Conclusion - Bilan : les mémoires des deux génocides se sont construites en plusieurs temps. Au silence de l'après-guerre succèdent le réveil par les témoins, les procès et les historiens, puis l'institutionnalisation par les États et les organisations internationales. Cette construction reste inégale : la mémoire tsigane, reconnue tardivement, demeure fragile. - Ouverture : comment transmettre ces mémoires à l'heure de la disparition des témoins, face aux usages politiques du passé et aux concurrences mémorielles ?

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