Dissertation · Bac Sciences Économiques et Sociales Amérique du Sud 2022 (jour 2)

Thème : L'engagement politique dans les sociétés démocratiques · Tiré du sujet Jour 2 (2022)

Énoncé

Dissertation s'appuyant sur un dossier documentaire

Il est demandé au candidat:

de répondre à la question posée par le sujet;

de construire une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer;

de mobiliser des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier;

de rédiger, en utilisant le vocabulaire économique et social spécifique approprié à la question et en organisant le développement sous la forme d'un plan cohérent qui ménage l'équilibre des parties.

Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation.

SUJET: Comment l'action collective s'est-elle transformée dans les sociétés démocratiques ?

DOCUMENT 1

Nombre de journées individuelles non travaillées 1 (JINT) pour fait de grève et taux de syndicalisation 2 (de 1975 à 2018 en France)

Champ: France métropolitaine pour les JINT; ensemble des salariés de plus de 15 ans, France hors Mayotte pour le taux de syndicalisation.

Source: d'après DARES, 2018 et 2021.

1: Entre 1995 et 2005, l'indicateur est en milliers de journées hors entreprises publiques du secteur des transports. Depuis 2005, l'indicateur est le nombre de journées pour 1000 salariés en emploi.

2: Rapport entre le nombre de salariés qui adhèrent à une organisation syndicale et le nombre total de salariés.

DOCUMENT 2

Évolution de la confiance dans l'efficacité des modalités d'action collective (en France, de 2009 à 2018, en %) 1

Question posée: Selon vous, qu'est-ce qui permet aux citoyens d'exercer le plus d'influence sur les décisions prises en France ?

Champ: échantillon de 2 116 personnes inscrites sur les listes électorales représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, constitué selon la méthode des quotas.

Source: d'après CEVIPOF, Baromètre de la confiance politique, 2019.

1: Pourcentage de répondants ayant placé chacune de ces modalités en première ou seconde position.

DOCUMENT 3

Vendredi 25 septembre, des jeunes du monde entier ont prévu de mener des grèves scolaires afin de protester contre le manque d'action dans la lutte contre le dérèglement climatique. Avec cette journée de mobilisation internationale, la première depuis précisément un an, ces étudiants, lycéens et collégiens veulent montrer que la pandémie de Covid-19 n'a éclipsé ni la crise climatique ni leur combat pour leur avenir. Le mouvement de cette « génération climat », appelé Fridays for Future (« les vendredis pour le futur »), annonce la tenue de plus de 3 000 événements à travers le monde [...].

En France, le mouvement Youth for Climate 1 appelle également la jeunesse à se mobiliser, d'abord vendredi midi par des rassemblements dans les établissements scolaires pour débattre de la crise écologique, puis lors d'une trentaine d'événements organisés sur tout le territoire vendredi et samedi. Les mots d'ordre: la lutte contre « les grands projets inutiles et imposés », ainsi que les installations industrielles à risque [...]. Une « vélorution » (une déambulation à vélo) se tiendra à Dijon ou encore une « mobilisation pancartes » à Clermont-Ferrand, consistant à recouvrir une place de la ville d'écriteaux. À Paris, un « camp climat » est prévu samedi pour occuper « une grande place et ses rues adjacentes ». [...] Certains militants sont parvenus à faire exister le mouvement pendant le confinement — en poursuivant la grève en ligne chaque vendredi, en manifestant localement en petits comités ou en organisant des conférences d'experts sur Internet —, la « génération climat » doit désormais se réinventer.

Source: Audrey GARRIC, « Fridays for Future: les jeunes de nouveau appelés à faire la grève pour le climat dans le monde », Le Monde, 25 septembre 2020.

1: La jeunesse pour le climat.

Énoncé: Dissertation · Bac Sciences Économiques et Sociales Amérique du Sud 2022 (jour 2)

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Comment l'action collective s'est-elle transformée dans les sociétés démocratiques ?

Réponse : Proposition de plan détaillé et éléments de corrigé : ### Introduction - Accroche : les grèves scolaires pour le climat de *Fridays for Future* (doc 3), maintenues en ligne pendant le confinement. - Définitions : l'action collective est une action concertée d'un groupe pour défendre des intérêts communs ou une cause. Les sociétés démocratiques garantissent les libertés d'association, d'expression, de manifestation et le droit de grève. - Paradoxe d'Olson : l'individu rationnel a intérêt à être « passager clandestin ». L'action collective suppose donc des incitations sélectives, des rétributions symboliques et une identité collective. - Problématique : les transformations des objets, des acteurs et des répertoires de l'action collective traduisent-elles un déclin de l'engagement ou son renouvellement ? - Annonce du plan : I. Des objets et des acteurs qui se transforment ; II. Des répertoires d'action qui se renouvellent et se diversifient. --- ### I. Des objets et des acteurs de l'action collective qui se transforment #### A. Du conflit du travail aux enjeux post-matérialistes - Dans la société industrielle, le conflit central est le conflit capital/travail, porté par la classe ouvrière. Les revendications sont matérielles : salaires, temps de travail, conditions de travail. - Avec les nouveaux mouvements sociaux (A. Touraine) et les valeurs post-matérialistes (R. Inglehart), apparaissent des enjeux qualitatifs et identitaires : environnement, féminisme, droits LGBT, antiracisme. - Doc 3 : la lutte contre le dérèglement climatique, les « grands projets inutiles et imposés » et les installations industrielles à risque. - Nuance : les conflits matériels n'ont pas disparu. On le voit avec la mobilisation de 2018 sur le pouvoir d'achat (Gilets jaunes) et la réforme des retraites. #### B. Le recul des organisations traditionnelles et l'essor de nouveaux acteurs - Doc 1 : le taux de syndicalisation passe d'environ 20 % en 1975 à environ 9-10 % au début des années 1990. Il se stabilise ensuite autour de 10-11 % jusqu'en 2016. - Causes de ce recul : tertiarisation, montée du chômage et de la précarité, individualisation de la relation salariale, PME peu syndiquées. - Doc 2 : la confiance dans le militantisme partisan recule de 12 % en 2009 à environ 8 % en 2018. - De nouveaux acteurs émergent : - des associations, des ONG et des collectifs informels ; - des coordinations ; - des jeunes peu dotés en ressources institutionnelles (la « génération climat », doc 3). - Ces mouvements fonctionnent en réseau, de façon horizontale et à l'échelle transnationale (plus de 3 000 événements dans le monde, doc 3). - L'engagement devient plus distancié et ponctuel (J. Ion, « militant post-it »). --- ### II. Des répertoires d'action collective qui se renouvellent #### A. Le répertoire traditionnel recule mais résiste - Charles Tilly : chaque époque possède un répertoire d'action collective. Le répertoire national-autonome comprend la grève, la manifestation et la pétition. - Doc 1 : les JINT baissent fortement, d'environ 4 000 en 1976 à quelques centaines dans les années 1990-2000. - Précaution de lecture : les comparaisons sont délicates, car l'indicateur change de définition en 1995 et en 2005. La tendance à la baisse de la conflictualité est cependant nette. - Des pics subsistent (1995, 2010), ce qui montre que la grève reste mobilisable lors des grands conflits. - Doc 2 : le vote reste jugé le moyen le plus influent, entre 55 % et 67 %. Il recule toutefois, de 67 % en 2010 à 55 % en 2018. - La confiance dans la grève est stable sur la période : 27 % en 2009, environ 20 % au milieu de la période, 27 % en 2018. - La confiance dans la manifestation atteint 42 % en 2018. #### B. L'essor de nouvelles formes d'action - Consommation engagée (doc 2) : le boycott passe de 35 % en 2009 à 43 % en 2017, puis 37 % en 2018. Il devient plus souvent cité que la manifestation sur la majeure partie de la période. On parle de « buycott » et de commerce équitable. - Actions spectaculaires et symboliques (doc 3) : vélorution, mobilisation pancartes, occupation de l'espace public (« camp climat »), désobéissance civile. Ces actions cherchent à attirer les médias. - Numérique : grève en ligne et conférences sur Internet (doc 3), pétitions en ligne, réseaux sociaux. Le numérique abaisse le coût de la mobilisation, ce qui aide à surmonter le paradoxe d'Olson. - Limites du numérique : la discussion en ligne n'inspire qu'une faible confiance (de 4 % à 8 %, doc 2). Le risque de « clicktivisme » existe. - Rétributions : les rétributions symboliques (sociabilité, identité, reconnaissance) priment sur les incitations sélectives matérielles. --- ### Conclusion - Bilan : l'action collective ne décline pas, elle se transforme. Ses objets deviennent plus post-matérialistes, ses acteurs moins encadrés par les syndicats et les partis, et ses répertoires se diversifient (consommation engagée, numérique, actions symboliques). - Les formes traditionnelles (vote, grève, manifestation) restent centrales. - Ouverture : ces nouvelles formes peuvent-elles peser durablement sur les décisions politiques sans relais institutionnel ?

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