Épreuve composée - Sujet B - Deuxième partie · Bac Sciences Économiques et Sociales Amérique du Sud 2022 (jour 1)
Thème : Commerce international et internationalisation de la production · Tiré du sujet Jour 1 (2022)
Énoncé
Deuxième partie: Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire
(10 points)
Cette partie comporte trois documents.
Sujet: À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que la chaîne de valeur s'est internationalisée.
DOCUMENT 1
Source: « Rapport sur le développement dans le monde 2020: le commerce au service du développement à l'ère de la mondialisation des chaînes de valeur », Banque Mondiale, 2020.
Lecture: en 2015, environ 48 % de la valeur des produits exportés dans le monde provient de produits importés.
DOCUMENT 2
L'augmentation des chaînes de valeur mondiales est le résultat de décisions prises par des entreprises, dont beaucoup sont des multinationales. Le commerce international « intra-entreprise » est très lié aux chaînes de valeur [...]. La croissance et les gains de productivité découlent d'un meilleur accès à une plus grande variété d'intrants intermédiaires de meilleure qualité ou moins coûteux, pour les entreprises domestiques, exportatrices ou non [...].
Le cas du Vietnam est particulièrement emblématique de cette stratégie de développement accéléré par insertion dans les chaînes de valeur mondiales: grâce à une politique d'ouverture commerciale (adhésion à l'Organisation Mondiale du Commerce en 2007, négociations d'accords de libre-échange) et d'accueil d'investissements directs étrangers, attirés par une main-d'œuvre abondante et bon marché, ce pays dispose aujourd'hui d'un avantage comparatif dans le secteur des télécommunications, le géant Samsung y ayant transféré une grande partie de ses activités d'assemblage de smartphones [...].
Les choix de localisation des différents segments de la chaîne de valeur par les entreprises reposent en effet sur une logique de division du travail et d'exploitation de différences d'avantages comparatifs entre pays ou régions. Mais ces avantages comparatifs ne se limitent pas à des gains dans l'utilisation ou la disponibilité de facteurs de production (faibles coûts de main-d'œuvre, travail qualifié, capacités technologiques…). Les entreprises optimisent leur répartition géographique en fonction des bénéfices attendus. La qualité des infrastructures, la fiscalité des entreprises ou l'accès à des marchés en croissance sont des facteurs qui entrent en compte dans les choix d'implantation. La stabilité politique joue aussi un rôle important dans la définition de l'attractivité d'un lieu de production, car l'incertitude réduit les bénéfices attendus.
Source: « La mondialisation des chaînes de valeur: entretien avec Ariell RESHEF et Gianluca SANTONI », SES-ENS, 2020.
DOCUMENT 3
Prenez des cabosses 1 de cacao de Côte d'Ivoire, du Ghana et du Nigeria, des noisettes de Turquie et du Piémont; broyez le tout et mélangez-le à l'huile de palme de Malaisie ou de Papouasie-Nouvelle-Guinée; ajoutez-y du sucre français, du lait de Belgique et de France, un peu de lécithine de soja, quelques arômes et vous obtiendrez la pâte à tartiner Nutella, dont un tiers de la production est assurée par l'usine de Villers-Ecalles, en Normandie. Prenez un fuselage provenant en partie d'Italie, du Japon et des États-Unis; collez-y des ailes fabriquées au Japon, en Corée et en Australie, des roues et des moteurs de Grande-Bretagne; posez des portes d'entrée voyageurs françaises et des portes de soutes à bagages suédoises; vous vous approcherez du Boeing 787 Dreamliner. Au total, Boeing a recours à plus de 28000 fournisseurs employant plus de 1,2 million de personnes. Maintenant, prenez un écran tactile en provenance du Japon, tout comme la mémoire flash, les transistors et la batterie, ajoutez-y une mémoire DRAM 2 coréenne, des bandes de base et des émetteurs-récepteurs allemands, un logiciel conçu en Grande-Bretagne, assemblez le tout en Chine et vous aurez un iPhone [...].
La globalisation et l'essor des pays émergents font que le processus de fabrication d'un produit mobilise bien souvent une chaîne de valeur mondiale.
Source: Richard HIAULT, « Ces produits qui bouleversent le commerce mondial », Les Échos, janvier 2013.
1: Fruit du cacaoyer contenant les fèves de cacao.
2: Mémoire de stockage informatique.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que la chaîne de valeur s'est internationalisée.
Réponse : Introduction La mondialisation économique s'est accompagnée d'une transformation profonde de l'organisation de la production. Les biens ne sont plus fabriqués dans un seul pays : ils résultent de l'assemblage de composants et de tâches réalisés dans de nombreux pays, ce qu'on appelle une chaîne de valeur mondiale (CVM). Comment montrer que la chaîne de valeur s'est internationalisée ? On montrera d'abord que le poids des CVM dans les échanges internationaux s'est fortement accru. On expliquera ensuite les logiques économiques qui poussent les firmes multinationales à fragmenter et à disperser géographiquement leur production. I. La part des chaînes de valeur mondiales dans les échanges internationaux a fortement augmenté Le document 1 montre que la part des CVM dans les échanges internationaux est passée d'environ 37 % en 1970 à un maximum proche de 52 % en 2008. Elle a ensuite légèrement reflué, autour de 48 % en 2015, après la crise de 2008 puis après 2011. Une part croissante de la valeur des produits exportés provient donc de produits importés : les marchandises échangées résultent d'étapes de production réparties entre plusieurs pays. Le document 3 illustre concrètement cette décomposition internationale du processus productif (DIPP) : - le Nutella combine du cacao de Côte d'Ivoire, du Ghana et du Nigeria, des noisettes de Turquie et du Piémont, de l'huile de palme de Malaisie, du sucre et du lait européens ; un tiers de la production est assuré en Normandie ; - le Boeing 787 mobilise plus de 28 000 fournisseurs, avec un fuselage venu d'Italie, du Japon et des États-Unis, des ailes du Japon, de Corée et d'Australie, et des moteurs britanniques ; - l'iPhone réunit des composants japonais, coréens et allemands et un logiciel britannique, le tout assemblé en Chine. Un même produit final mobilise donc une chaîne de valeur mondiale. Une part importante du commerce international porte désormais sur des biens intermédiaires et non plus seulement sur des produits finis. II. Cette internationalisation résulte des stratégies des firmes multinationales qui exploitent les avantages comparatifs des territoires Selon le document 2, l'essor des CVM résulte des décisions des entreprises, notamment des firmes multinationales (FMN). Une grande part du commerce international se fait d'ailleurs sous forme d'échanges « intra-entreprise » entre filiales d'un même groupe. Les FMN localisent chaque segment de la chaîne de valeur (conception, production de composants, assemblage…) là où il est le plus avantageux. Elles suivent une logique de division internationale du travail et d'exploitation des différences d'avantages comparatifs. Ces avantages ne se limitent pas aux coûts et à la disponibilité des facteurs de production (main-d'œuvre bon marché ou qualifiée, capacités technologiques). Les FMN tiennent aussi compte de la qualité des infrastructures, de la fiscalité, de l'accès à des marchés en croissance et de la stabilité politique, car l'incertitude réduit les bénéfices attendus (document 2). On retrouve les deux grandes stratégies vues en cours : la recherche de compétitivité-prix (minimisation des coûts) et la recherche de compétitivité hors-prix ou d'accès aux marchés (proximité de la demande). Le cas du Vietnam (document 2) l'illustre. Grâce à son ouverture commerciale (adhésion à l'OMC en 2007, accords de libre-échange) et à l'accueil d'investissements directs étrangers (IDE) attirés par une main-d'œuvre abondante et bon marché, le pays a acquis un avantage comparatif dans les télécommunications : Samsung y a transféré une grande partie de l'assemblage de ses smartphones. Cette internationalisation a aussi été rendue possible par la baisse des coûts de transport (conteneurisation), par l'essor des technologies de l'information et de la communication (TIC) et par la libéralisation des échanges. Elle procure des gains de productivité grâce à l'accès à des intrants plus variés, de meilleure qualité ou moins coûteux (document 2). Conclusion La chaîne de valeur s'est donc nettement internationalisée. La part des CVM dans le commerce mondial a progressé d'environ 15 points entre 1970 et 2008, et la fabrication de nombreux produits repose sur des composants issus de multiples pays. Cette évolution s'explique par les stratégies des FMN, qui exploitent les avantages comparatifs des territoires dans un contexte de libéralisation et de baisse des coûts de transport et de communication. Le léger recul observé depuis 2008 invite toutefois à s'interroger sur un possible ralentissement, voire une régionalisation, de ces chaînes.
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