Exercice Étude critique de document · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Amérique du Sud 2025 (jour 2)
Thème : Exploiter, préserver et protéger : ressources et transformation des milieux · Tiré du sujet Jour 2 (2025)
Énoncé
Étude critique de document – L'évolution de la gestion de la forêt française
Consigne: En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez quels sont les acteurs et les facteurs des évolutions de la forêt française.
Document
La forêt ne cesse de gagner du terrain. Alors qu'au sortir de la Révolution on l'estime au plus bas, avec moins de 15% du territoire, elle couvre aujourd'hui plus du tiers du territoire métropolitain [...]. Mais [...] il faut souligner que cette couverture forestière est très variable, allant de moins de 5% dans la Manche à plus de 60% dans les Landes. Jusqu'à la révolution industrielle et l'utilisation massive du charbon comme source d'énergie [...], le bois est essentiel tant dans la construction de maison et de bateaux, que dans la production de chaleur, et les surfaces forestières reculent. Ensuite, le phénomène s'inverse et les besoins en bois induits par la révolution industrielle (traverses de chemin de fer et étais de mine 1) vont au contraire inciter à planter toujours plus d'arbres.
Plusieurs facteurs expliquent cet accroissement continu de la forêt depuis les années 1830. Il y a d'abord l'action des pouvoirs publics qui mènent dans la deuxième moitié du XIX e siècle une vigoureuse politique de mise en valeur forestière des terres ingrates et marécageuses (Landes, Sologne, Brenne) et de reboisement des terrains de montagne [...]. Mais l'augmentation de la surface est [...] bien plus importante dans les forêts privées que dans les forêts publiques. Il y eut de véritables spéculations forestières au fur et à mesure que le maillage du réseau ferré s'étendait et permettait des exportations de plus en plus lointaines de la production sylvicole 2 [...]. Bien des endroits ont connu des plantations qu'on envisageait comme une mise en valeur de l'espace et non comme une dégradation du milieu. C'est ainsi que, parallèlement à l'accroissement des surfaces forestières, on observe une baisse de celle des marécages ou des friches improductives.
Un autre facteur a été la déprise agricole, notamment en moyenne montagne. Tous les massifs ont été touchés par l'abandon des terres les plus difficiles et la désertion des villages s'est accompagnée pendant une bonne partie du XX e siècle d'une progression de la forêt, tant naturellement que du fait des plantations. [...]. Le contexte économique et politique était d'ailleurs favorable à ces mutations puisque l'État, par l'intermédiaire d'un Fonds forestier national (FFN), subventionnait les plantations de résineux, qui poussaient vite et qui répondaient aux besoins de l'économie nationale, qui manquait de bois pour le papier. Les agriculteurs qui quittaient la terre pour trouver un emploi en ville préféraient ne pas la vendre et trouvèrent dans les plans gratuits et les promesses de gain facile du FFN de puissants incitateurs. Au total, on estime qu'en un demi-siècle d'existence (le FFN est créé en 1946 et dissout en 2000), le FFN a permis de boiser ou reboiser 2,3 millions d'hectares [...]. Aujourd'hui, [...] les forêts françaises continuent de pousser à un rythme régulier. Chaque année, 90.000 hectares sortent de terre [...]. La France arrive en quatrième position des surfaces boisées en Europe, derrière la Suède, la Finlande et l'Espagne. Aujourd'hui l'accroissement de la surface forestière s'explique par les mesures prises pour protéger les espaces naturels (10% du linéaire côtier métropolitain est géré par l'Office National des Forêts) ou bien pour créer des pièges à carbone. Paradoxalement d'ailleurs, puisque le gaz carbonique en augmentation favorise la photosynthèse et donc la production de bois, le changement climatique fait peser des menaces nouvelles sur la forêt (sécheresses, incendies) qui font penser à certains que la progression de la surface forestière pourrait marquer le pas.
Vincent Moriniaux, « La forêt. France, XVII e -XXI e siècle », La documentation photographique n°8150, CNRS Éditions, février 2023.
1 Étais de mine: poutres en bois permettant de soutenir les galeries des mines.
2 Sylvicole: qui fait référence à la forêt.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez quels sont les acteurs et les facteurs des évolutions de la forêt française.
Réponse : Proposition d'organisation et éléments attendus pour une étude critique de document : ### Introduction - Présentation du document : extrait d'un dossier de la *Documentation photographique* (CNRS Éditions, 2023) rédigé par Vincent Moriniaux, géographe. Le texte dresse un panorama historique et géographique du reboisement de la France du début du XIXe siècle jusqu'aux défis contemporains du changement climatique. - Contexte historique : après un minimum forestier historique au sortir de la Révolution française (moins de 15 % du territoire boisé), la forêt française connaît un renouveau spectaculaire pour couvrir aujourd'hui plus de 31 % du territoire métropolitain. - Problématique : Dans quelle mesure l'essor et les transformations de la forêt française depuis le XIXe siècle résultent-ils d'une pluralité d'acteurs aux logiques divergentes et de mutations socio-économiques profondes, désormais confrontés aux impératifs écologiques ? - Annonce du plan : 1. Des acteurs publics et privés aux motivations économiques et territoriales diverses. 2. Les facteurs majeurs d'évolution : industrialisation, déprise agricole et politiques d'aménagement. 3. Les nouveaux enjeux contemporains et le regard critique sur la gestion forestière. --- ### I. Une pluralité d'acteurs de la gestion forestière 1. L'État et la puissance publique : - *Dans le texte :* Grands programmes d'assainissement au XIXe siècle (Landes de Gascogne sous Napoléon III, Sologne), création du Fonds forestier national (FFN, 1946-2000), gestion confiée à l'Office National des Forêts (ONF). - *Apports de connaissances :* Héritage étatique ancien (Ordonnance de Colbert de 1669 pour la marine royale, Code forestier de 1827). La loi sur la Restauration des terrains en montagne (RTM, 1860 et 1882) pour lutter contre l'érosion et les inondations. Création de l'ONF en 1964 pour gérer les forêts publiques domaniales et communales. 2. Les propriétaires privés et les acteurs économiques : - *Dans le texte :* L'augmentation des surfaces s'est faite majoritairement dans les forêts privées (qui représentent aujourd'hui environ 75 % de la forêt française). Spéculation foncière encouragée par le désenclavement ferroviaire. - Rôle des agriculteurs et sylviculteurs qui profitent des subventions et plants gratuits du FFN pour boiser des terres délaissées (2,3 millions d'hectares reboisés). --- ### II. Des facteurs économiques, démographiques et territoriaux 1. Les mutations économiques et énergétiques : - Substitution du bois de chauffage par le charbon lors de la révolution industrielle, freinant la déforestation pour l'énergie. - Nouveaux besoins industriels : traverses de chemins de fer, étais de mines, puis industrie papetière et emballages nécessitant une pousse rapide (choix massif des résineux : pin maritime, épicéa, douglas). 2. La déprise agricole et l'exode rural : - Abandon des terres pentues et ingrates de moyenne montagne au XXe siècle (Massif central, Alpes du Sud, Pyrénées). - Régénération naturelle des friches combinée aux plantations artificielles, faisant gagner environ 90 000 hectares par an à la forêt. --- ### III. Nouveaux défis et limites du document (regard critique) 1. De la ressource économique à la préservation environnementale : - Rôle écologique de la forêt : protection des littoraux dunaires, réservoir de biodiversité et puits de carbone face au réchauffement climatique. 2. Menaces et limites non développées dans le texte : - *Impacts du changement climatique :* sécheresses récurrentes, prolifération de ravageurs (scolytes), méga-feux (Landes à l'été 2022). - *Critique du modèle productiviste :* l'enrésinement massif (« mal-forest ») et les coupes rases contestés par les citoyens et associations écologistes en raison de l'appauvrissement des sols et de la baisse de biodiversité. - *Tensions d'usage :* conflits entre fonction économique (filière bois), fonction récréative (randonnée, chasse) et impératif de protection (parcs nationaux, réserves biologiques). --- ### Conclusion Bilan synthétique montrant que la forêt française est un socio-écosystème façonné par l'action conjointe de l'État, des propriétaires privés et de l'économie rurale. Aujourd'hui, sa gestion doit concilier transition écologique, adaptation au dérèglement climatique et maintien d'une filière bois durable.
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