Exercice 2 - Dissertation n°2 · Bac Français (1ère) Amérique du Sud session normale 2025

Thème : Dissertation – Musset, On ne badine pas avec l'amour / parcours : les jeux du cœur et de la parole · Tiré du sujet Session normale (2025)

Énoncé

2- Dissertation (20 points)

OBJET D'ÉTUDE: Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle

Dissertation n°2

Œuvre: Alfred de Musset [1810-1857], On ne badine pas avec l'amour.

Parcours: Les jeux du cœur et de la parole.

Sujet: Selon vous, tout est-il déjà joué quand commence On ne badine pas avec l'amour ?

Vous répondrez à cette question dans un développement organisé. Votre réflexion prendra appui sur l'œuvre de Musset au programme, sur le travail mené dans le cadre du parcours associé à cette œuvre et sur votre culture personnelle.

Énoncé: Exercice 2 - Dissertation n°2 · Bac Français (1ère) Amérique du Sud session normale 2025

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Sujet : Selon vous, tout est-il déjà joué quand commence On ne badine pas avec l'amour ?

Réponse : Proposition d'un plan détaillé et éléments de dissertation : Introduction - Accroche : Publiée en 1834 dans la *Revue des deux mondes*, puis reprise dans *Un spectacle dans un fauteuil*, la pièce de Musset *On ne badine pas avec l'amour* emprunte d'abord les codes du marivaudage et du proverbe dramatique avant de basculer dans la tragédie. - Définition des termes : « Tout est-il déjà joué » interroge la fatalité, la prédestination dramatique et la liberté des personnages. Dès l'ouverture, les destins de Perdican et de Camille sont-ils scellés (projet du Baron, éducation du couvent, titre-proverbe) ? Ou le drame naît-il des choix, de l'orgueil et des jeux de parole des protagonistes ? - Problématique : Dans quelle mesure l'issue fatale résulte-t-elle d'un destin noué dès l'exposition, ou d'un dévoiement progressif des jeux du cœur et du langage ? - Annonce du plan : I. Une impression initiale de déterminisme. II. Une action pourtant ouverte, fondée sur la liberté et l'incertitude. III. Le jeu, l'orgueil et la parole transforment un badinage réversible en catastrophe irréversible. I. Une pièce placée sous le signe de la programmation 1. *Le projet du mariage et les conventions comiques :* en I, 1, le Chœur, Maître Blazius et Dame Pluche annoncent le retour des deux jeunes gens. En I, 2, le Baron expose son projet de les marier. Le cadre du château et le schéma du mariage arrangé semblent inscrire l'intrigue dans un dénouement attendu. 2. *Le poids du passé :* Camille revient du couvent marquée par les récits désenchantés des religieuses, notamment sœur Louise. Sa méfiance envers l'amour et les hommes est acquise avant même ses retrouvailles avec Perdican. Dès l'acte I, son refus du baiser et de la promenade semble annoncer l'échec. 3. *Le titre comme oracle :* le proverbe *On ne badine pas avec l'amour* sonne comme une maxime prophétique. Celui qui badinera sera puni. Le Chœur, héritier du théâtre antique, renforce cette couleur tragique. II. Une intrigue pourtant ouverte : libre arbitre et incertitude 1. *Les possibles d'un amour partagé :* Perdican revient de Paris plein d'élan et célèbre l'enfance, la nature et les sentiments spontanés. Camille est troublée et hésite entre le voile et son cousin. Le dénouement heureux reste longtemps envisageable. 2. *Les dialogues comme lieu de liberté et de retournement :* les grandes scènes d'affrontement montrent des personnages qui argumentent, cherchent à convaincre et peuvent encore changer. C'est le cas de la scène de la fontaine (II, 5), avec la tirade de Perdican : « On est souvent trompé en amour [...] mais on aime ». La parole y est une arme mais aussi une ouverture, et rien n'y est irrévocable. 3. *Le contrepoint comique des fantoches :* Blazius, Bridaine, Dame Pluche et le Baron, ridicules et mécaniques, contrastent avec la vitalité imprévisible des jeunes gens. Eux seuls sont « déjà joués », figés dans leurs manies. Les protagonistes, eux, restent des êtres libres, capables de surprendre. III. C'est le jeu lui-même qui fabrique la fatalité 1. *Le badinage comme stratégie d'orgueil :* piqué par le refus de Camille, Perdican courtise Rosette pour provoquer sa cousine. Il intercepte la lettre de Camille à Louise et organise la scène de la fontaine (III, 3), où Camille, cachée, assiste à la déclaration faite à Rosette. Camille, de son côté, met en scène Rosette derrière la tapisserie (III, 6). Chacun devient metteur en scène et acteur d'une comédie cruelle. 2. *Le pouvoir performatif et destructeur de la parole :* les mots engagent et blessent. Perdican promet le mariage à Rosette, puis avoue son amour à Camille. La parole, qui se voulait jeu, produit des effets réels et irréversibles. 3. *La victime innocente et le dénouement tragique :* Rosette, simple paysanne étrangère au jeu des « gens de qualité », en meurt. La réplique de Camille, « Elle est morte. Adieu, Perdican ! », consacre la séparation définitive. La fatalité n'était donc pas donnée d'emblée : elle est produite par les personnages, qui vérifient malgré eux la leçon du proverbe. - *Ouverture vers le parcours :* chez Marivaux (*Le Jeu de l'amour et du hasard*), les jeux de masques mènent à l'union. Chez Musset, ils mènent à la mort, comme dans la tragédie racinienne ou dans *Roméo et Juliette*. Conclusion Tout semble joué au début : le mariage est programmé, Camille est marquée par le couvent et le titre est prophétique. Pourtant, l'intrigue laisse longtemps ouverts les possibles. La catastrophe ne vient pas d'un destin extérieur : elle naît de l'orgueil et des jeux de parole des protagonistes, qui transforment une comédie en drame. Musset invente ainsi une fatalité moderne, intérieure et psychologique, au cœur du drame romantique.

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