Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Amérique du Sud session normale 2022

Thème : Commentaire – La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2022)

Énoncé

1- Commentaire (20 points)

Objet d'étude: La poésie du XIX e siècle au XXI e siècle

Vous ferez le commentaire composé du poème « Arbre-résistance » de François Cheng.

Arbre-résistance

Ne plus bouger d'un pouce d'ici

Non tant fidèle à soi

qu'à la promesse de la Vie

Accueillir pluie comme vent

5 Cueillir gelée comme rosée

Fouiller racines et caresser nues 1

Endurer ouragans et ravages

Perdurer alliance terre-ciel

Contre tout attentat

10 à la flamme à la rouille

Contre toute attente

Dévisager la violence humaine

Fixer des yeux massacres et cris

Prêter le flanc aux coups de hache

15 ou de machette

Être le corps entaillé jusqu'aux os

anneaux 2 rompus tripes dehors

Porter haut cependant la frondaison 3

Dispensant l'onguent 4 de l'unique ombre

20 Sur le dos brûlé de l'enfant orphelin

Non tant fidèle au monde

qu'à la promesse de la vie

François Cheng, À l'Orient de tout, « Double Chant », 1998.

1 Nues: nuages.

2 Anneaux: cercles concentriques indiquant l'âge d'un arbre.

3 Frondaison: feuillage des arbres.

4 Onguent: pommade que l'on applique sur la peau.

Énoncé: Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Amérique du Sud session normale 2022

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Commentaire composé sur le poème « Arbre-résistance » de François Cheng

Réponse : ### Proposition de plan et éléments de corrigé : #### Introduction - Accroche : François Cheng, poète et académicien d'origine chinoise, développe une œuvre à la croisée de la pensée orientale et de la tradition poétique française. Dans son recueil *À l'Orient de tout* (1998), le vivant et la nature sont investis d'une portée spirituelle et méditative. - Présentation du texte : Le poème « Arbre-résistance » est composé de deux strophes en vers libres, sans ponctuation et rythmées par des infinitifs. Il dresse le portrait d'un arbre confronté aux rigueurs de la nature, puis aux atrocités de la violence humaine. - Problématique : Comment François Cheng fait-il de cet arbre une figure sacrificielle et héroïque, qui incarne la persévérance de la Vie face à la barbarie ? - Annonce du plan : 1. L'ancrage inébranlable et l'épreuve des forces naturelles (strophe 1). 2. Le martyre face à la barbarie humaine (strophe 2). 3. L'arbre bienfaiteur, fidèle à « la promesse de la vie ». #### Axe 1 : L'arbre inébranlable et le trait d'union cosmique - L'immobilité volontaire et la fidélité : Le poème s'ouvre sur une négation forte (« Ne plus bouger d'un pouce d'ici »). L'arbre prononce une sorte de serment (« Non tant fidèle à soi / qu'à la promesse de la Vie »), avec une majuscule qui sacralise la Vie. - L'acceptation de tout ce que le monde apporte : Les parallélismes (« pluie comme vent », « gelée comme rosée ») et le jeu sonore « Accueillir »/« Cueillir » expriment un accueil inconditionnel du monde, du plus rude au plus doux. - Le médiateur cosmique : « Fouiller racines et caresser nues », « Perdurer alliance terre-ciel ». L'arbre relie le sol aux cieux, la matière à la spiritualité, dans l'esprit de la pensée chinoise. - L'endurance héroïque : Les infinitifs (« Endurer », « Perdurer ») donnent au texte une valeur d'absolu, comme une devise morale. La paronomase « Contre tout attentat » / « Contre toute attente » fait passer de la menace (le feu, la rouille) à l'espérance obstinée. #### Axe 2 : Le martyre face à la barbarie de l'Histoire - La confrontation directe avec le mal : « Dévisager la violence humaine », « Fixer des yeux massacres et cris ». L'arbre devient témoin. Le mot « machette » évoque les tragédies contemporaines, comme les génocides et les guerres civiles. - La personnification et la brutalité des sévices : Les métaphores corporelles sont saisissantes (« corps entaillé jusqu'aux os », « anneaux rompus tripes dehors »). L'arbre est assimilé à une victime humaine suppliciée, et ses anneaux, mémoire du temps, sont brisés. - La dimension sacrificielle : L'arbre s'offre sans fuir (« Prêter le flanc »). Il devient une allégorie des peuples persécutés ou de la terre outragée. #### Axe 3 : La force rédemptrice et la fidélité à la Vie - Le triomphe de la vie sur la destruction : Dans « Porter haut cependant la frondaison », le connecteur « cependant » marque un retournement. Malgré les blessures, l'arbre se tient droit et vivant. - La mission consolatrice : La métaphore médicale de « l'onguent de l'unique ombre » soulage « le dos brûlé de l'enfant orphelin ». L'arbre devient une figure protectrice, presque maternelle, et l'ombre se fait remède. L'enfant orphelin incarne l'innocence victime de la violence. - Le refrain final et son sens : Les deux derniers vers reprennent le refrain du début avec des variations. - « soi » devient « monde » : l'arbre dépasse la fidélité à lui-même, mais aussi l'adhésion à un monde violent. - La « Vie » majuscule devient la « vie » minuscule : le principe abstrait s'incarne dans le geste concret de soin envers l'enfant. - Cette structure circulaire mime l'enracinement et la permanence de l'arbre. - Une leçon de résistance : Le titre, avec son trait d'union, fait de l'arbre l'emblème de la résistance non violente. Résister, c'est durer, témoigner et continuer à donner. #### Conclusion - Bilan : Par une écriture dépouillée (vers libres, absence de ponctuation, infinitifs, personnification), Cheng fait de l'arbre une figure à la fois cosmique, martyre et salvatrice. - Réponse à la problématique : L'arbre incarne une fidélité supérieure à la « promesse de la vie », qui l'emporte sur la barbarie humaine. - Ouverture : On peut rapprocher ce poème d'autres arbres poétiques (Hugo, « Aux arbres » ; Bonnefoy) ou de la poésie engagée de la Résistance (Éluard, « Liberté »), où la parole poétique affirme l'espérance face à l'horreur.

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