Exercice 2 · Bac Sciences de la Vie et de la Terre Amérique du Nord 2025 (jour 2 bis)
Thème : De la plante sauvage à la plante domestiquée · Tiré du sujet Jour 2 bis (2025)
Énoncé
EXERCICE 2: Des biocarburants à partir d'algues unicellulaires (8 POINTS)
Dans un contexte de raréfaction des combustibles fossiles comme le pétrole et le gaz, des solutions alternatives plus durables sont proposées. Ainsi la production de biocarburants à base d'algues unicellulaires, est une solution permettant de produire des carburants renouvelables.
Le défi est donc de trouver les souches d'algues apportant le meilleur rendement en matière de production de biocarburant.
Expliquer comment obtenir des mutants d'algues favorables à la production de biocarburants en précisant les mécanismes cellulaires à l'origine de cette meilleure productivité.
Vous organiserez votre réponse selon une démarche de votre choix intégrant des données issues des documents et les connaissances utiles.
Document 1: produire des biocarburants à partir d'algues
Document 1a: principe de production de biocarburants
Document 1b: les réserves lipidiques dans les algues
L'objectif des recherches menées actuellement est d'optimiser la production des lipides des microalgues tout en maintenant une croissance rapide de l'algue.
Dans certaines situations métaboliques défavorables, appelées « stress métabolique », des modifications dans la production de certaines molécules organiques, sont observées au sein de l'algue unicellulaire.
Document 2: rechercher des mutants prometteurs par mutagénèse aléatoire
En 2020, des scientifiques ont cherché à obtenir une souche d'algue, de l'espèce Nannochloropsis salina, capable, à la fois, de produire plus de lipides et de se multiplier rapidement.
Document 2a: principe de la manipulation réalisée: mutagénèse aléatoire
Une construction génétique appelée « plasmide », est insérée dans le matériel génétique de l'algue. Cette insertion se fait de manière aléatoire (localisation de l'insertion au hasard sur les chromosomes de l'algue).
On parle de technique de « mutagénèse aléatoire ».
L'insertion du plasmide inactive le gène touché par cette insertion.
Selon la zone d'insertion dans le génome, différents mutants sont obtenus.
Chaque mutant est cultivé pour être multiplié. Ici les cellules se divisent par mitose.
Chaque mutant est ensuite traité avec un colorant, nommé BODIPY, se fixant spécifiquement sur les lipides. Ce colorant émet une fluorescence quand on le soumet aux ultra-violets.
Modifié d'après, Ryu, Ae Jin et coll, Biotechnologie pour les biocarburants, 2020
Doc 2b: résultats des mesures de fluorescence
Dans une étude de 2020, on mesure la fluorescence, après traitement au colorant BODIPY et une exposition aux UV, des 181 mutants obtenus.
Chaque barre correspond à une souche mutante. On classe les 181 mutants par ordre croissant de fluorescence.
Document 3: caractérisation du mutant 68 (Mut 68)
Des expérimentations sont menées sur le mutant 68, pour vérifier le potentiel de cette souche pour produire des biocarburants.
Document 3a: évolution des populations d'algues au cours du temps
Document 3b: teneur en lipides de deux souches
Les esters méthyliques d'acide gras ou EMAG, sont des lipides produits par les algues, notamment Nannochloropsis salina, particulièrement adaptés pour produire les biocarburants.
Document 4: identification du gène muté chez Mut 68
Afin d'identifier le mécanisme génétique à l'origine des particularités du mutant Mut 68, les scientifiques ont séquencé le génome de cette souche.
Ils ont ainsi déterminé que chez Mut 68 le plasmide s'est intégré dans un gène nommé Ns-TPS. Le gène Ns-TPS code une protéine, composée de deux domaines: Le domaine TPS
Le domaine TPP
Document 4a: rôle du gène Ns-TPS
Ns-TPS est un gène codant une enzyme ayant une double activité catalytique. En effet chacun des 2 domaines de l'enzyme (TPS et TPP), va être impliqué dans une réaction du métabolisme:
Document 4b: zone d'insertion du plasmide utilisé lors de la mutagénèse, dans la séquence du gène, pour le mutant Mut 68
Document 4c: production de T6P (tréhalose 6-phosphate) et de tréhalose, chez la souche non mutée et chez le mutant Mut 68
Document 5: tréhalose et stress
Les scientifiques cherchent à déterminer si les variations de la production de tréhalose peuvent provoquer une situation métabolique défavorable, c'est-à-dire un stress métabolique.
Pour cela, ils mesurent chez les algues Mut 68, la composition en acides aminés, marqueurs d'un stress métabolique.
Tableau présentant, pour un acide aminé s'accumulant dans des conditions de stress métaboliques, les taux de production chez Mut 68 par rapport au témoin.
Acide aminé associé au stress métabolique. · Taux de l'acide aminé dans le mutant Mut 68 par rapport à l'algue témoin non mutée.
Proline · 7,5 fois plus dans Mut 68 que dans le témoin.
Modifié d'après, Ryu, Ae Jin et coll, Biotechnologie pour les biocarburants, 2020

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Expliquer comment obtenir des mutants d'algues favorables à la production de biocarburants en précisant les mécanismes cellulaires à l'origine de cette meilleure productivité.
Réponse : Une démarche argumentée complète comprend : 1. Obtention et sélection des mutants (Docs 1a, 2a, 2b) : - Les biocarburants sont produits par extraction des lipides (EMAG) accumulés dans des corps huileux d'algues unicellulaires multipliées par mitose. - Une mutagénèse insertionnelle aléatoire est réalisée par intégration d'un plasmide dans le génome de *Nannochloropsis salina*, ce qui inactive le gène touché. - Criblage à haut débit : coloration au BODIPY (marquant spécifiquement les lipides par fluorescence sous UV). Parmi 181 mutants, le mutant 68 (Mut 68) présente la plus forte intensité de fluorescence (~350 UA contre ~70 UA pour le témoin), indiquant une forte accumulation lipidique. 2. Vérification de la productivité du mutant 68 (Docs 3a, 3b) : - Croissance cellulaire (Doc 3a) : Mut 68 présente une prolifération cellulaire plus rapide et atteint une densité maximale plus élevée (~270 millions de cellules/mL contre ~200 pour le témoin à 11 jours). - Teneur en lipides (Doc 3b) : Mut 68 accumule significativement plus d'EMAG que le témoin (17% vs 13% à J8 ; 33% vs 25% à J12 du volume cellulaire). - Mut 68 combine ainsi les deux critères recherchés : forte teneur en lipides et prolifération accrue, ce qui démultiplie le rendement global de biocarburant. 3. Mécanismes génétiques et cellulaires de cette surproduction (Docs 4a, b, c, 5 et 1b) : - Le séquençage montre que le plasmide s'est inséré dans le domaine TPP du gène *Ns-TPS* (vers le nucléotide 2150). - L'enzyme codée possède deux activités : TPS convertit le Glucose-6-P et l'UDP-glucose en T6P, puis TPP convertit le T6P en tréhalose. - Chez Mut 68, l'inactivation du domaine TPP empêche la synthèse de tréhalose (taux quasi nul, Doc 4c), tandis que la production de T6P reste normale grâce au domaine TPS intact. - Conséquences cellulaires : l'absence de tréhalose induit un état de stress métabolique permanent (démontré par l'accumulation de proline, 7,5 fois plus élevée que chez le témoin, Doc 5). - En réponse à ce stress métabolique, la cellule réoriente son métabolisme vers l'accumulation de lipides de réserve dans les corps huileux (Doc 1b), tout en maintenant une division cellulaire active.
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