Sujet 3 · Bac Philosophie Amérique du Nord session normale 2022

Thème : Le temps · Tiré du sujet Session normale (2022)

Énoncé

Sujet 3

Expliquer le texte suivant:

Mais qu'est-ce donc qui est véritablement ? Ce qui est éternel, c'est-à-dire ce qui n'a jamais eu de naissance, ni n'aura jamais de fin, et à quoi le temps n'apporte jamais aucune mutation. Car c'est chose mobile que le temps, et qui apparaît comme en ombre, avec la matière coulante et fluente toujours, sans jamais demeurer stable ni permanente, à qui appartiennent ces mots « avant » et « après », et « a été » ou « sera ». Lesquels tout de prime abord montrent à l'évidence que ce n'est pas chose qui soit, car ce serait grande sottise et fausseté toute apparente que de dire que cela soit qui n'est pas encore en être, ou qui déjà a cessé d'être. Et quant à ces mots de « présent », d'« instant », de « maintenant » par lesquels il semble que principalement nous soutenons et fondons l'intelligence du temps, dès que la raison le découvre, elle le détruit tout sur-le-champ, car elle le fend incontinent 1 et le partage en futur et en passé, comme le voulant voir nécessairement départi 2 en deux. Autant en advient-il à la nature qui est mesurée comme au temps qui la mesure, car il n'y a non plus en elle rien qui demeure, ni qui soit subsistant, mais toutes choses y sont ou nées, ou naissantes, ou mourantes.

MONTAIGNE, Les Essais, livre II, chapitre XII (XVIe siècle)

1 incontinent = aussitôt

2 départi = divisé

Expliquez ce texte en dégageant le problème philosophique qu'il pose, en suivant le mouvement de l'argumentation de l'auteur, et en dégageant son intérêt philosophique.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Expliquer le texte de Montaigne sur l'être véritable, le temps et l'éternité

Réponse : Le texte pose la question : qu'est-ce qui est véritablement, c'est-à-dire qu'est-ce qui mérite le nom d'être au sens plein ? Montaigne répond que seul l'éternel - ce qui n'a ni commencement ni fin et que le temps ne modifie pas - peut être dit véritablement. A l'inverse, tout ce qui est temporel (soumis à l'avant et à l'après) n'est jamais véritablement, mais seulement en train de devenir. Le texte développe ensuite une analyse du présent : dès que la raison tente de le saisir, elle le scinde aussitôt en passé et futur, de sorte que le présent, l'instant, le maintenant, n'ont jamais de consistance stable ; ils sont sans cesse divisés. Montaigne étend enfin cette analyse à la nature tout entière, mesurée par ce temps fuyant : rien n'y est stable ou subsistant, tout y est soit déjà né, soit en train de naître, soit en train de mourir - la nature est donc du côté du devenir perpétuel, et non de l'être véritable.

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