Exercice Étude critique de document · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Amérique du Nord 2025 (jour 1)
Thème : Histoire et mémoires des conflits : causes de la Première Guerre mondiale et guerre d'Algérie · Tiré du sujet Jour 1 (2025)
Énoncé
Étude critique de document – Mémoires et histoire d'un conflit: la guerre d'Algérie
Consigne – En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, vous présenterez les enjeux historiques et mémoriels de la guerre d'Algérie.
Document:
La guerre d'Algérie a longtemps été nommée en France par une périphrase « les événements d'Algérie » tandis que, de l'autre côté de la Méditerranée, les Algériens construisaient leur mémoire antagoniste de la « guerre d'indépendance ». Soixante ans après, l'Histoire est encore un champ en désordre, en bataille quelquefois. La séparation des deux pays, au terme d'un conflit cruel de sept ans et demi, a produit de la douleur, un désir de vengeance et beaucoup d'oublis. Les mémoires sont composites en France: nostalgie langoureuse du pays où « la mer est allée avec le soleil », Atlantide engloutie de l'Algérie française, hontes enfouies de combats qui ne furent pas tous honorables, images d'une jeunesse perdue et d'une terre natale à laquelle on a été arraché. […]
Quelquefois d'une image, d'un son, d'un mot jaillit la vérité de l'un de ces jeunes Français – un million et demi – qui ont été envoyés pour combattre en Algérie, entre 1954 et 1962 ou de ces familles de « pieds-noirs » soudées par tant de souvenirs accumulés, ou encore d'un nationaliste algérien qui a vécu l'injustice coloniale et a trop longtemps attendu l'indépendance. C'est un exercice difficile que d'écrire sur la colonisation et la guerre d'Algérie, car longtemps après avoir été figée dans les eaux glacées de l'oubli, cette guerre est venue s'échouer, s'engluer dans le piège fermé des mémoires individuelles. Au risque ensuite d'une communautarisation des mémoires.
Aujourd'hui, en France, plus de sept millions de résidents 1 sont toujours concernés par l'Algérie, ou plutôt, pour être totalement exact, par la mémoire de l'Algérie. Hautement problématique, celle-ci fait l'objet d'une concurrence de plus en plus grande. Pour les grands groupes porteurs de cette mémoire, comme les soldats, les pieds-noirs, les harkis ou les immigrés algériens en France, l'enjeu quelquefois n'est pas de comprendre ce qui s'est passé, mais d'avoir eu raison dans le passé. La mémoire n'est pas seulement connaissance ou souvenir subjectif de ce qui a eu lieu, surgissement du passé dans le présent, elle se développe comme porteuse d'affirmation identitaire et de revendication de reconnaissance. […]
En Algérie, cette guerre se nomme « révolution ». Elle est toujours célébrée comme l'acte fondateur d'une nation recouvrant ses droits de souveraineté, par une « guerre de libération ». Cette séquence se vit aussi comme un traumatisme profond: déplacements massifs de populations rurales, pratiques de la torture, internements arbitraires et exécutions sommaires. La commémoration, unanimiste 2, n'aborde pas les divisions internes du nationalisme algérien, en particulier les terribles affrontements entre les partisans du vieux chef, Messali Hadj 3 et le FLN (les affrontements entre les deux organisations, FLN contre MNA, feront plusieurs milliers de morts dans l'immigration en France, et dans les maquis en Algérie); ou les représailles cruelles contre les harkis, ces forces fidèles à la France.
En France, la guerre d'Algérie se lit toujours comme une page douloureuse de l'histoire récente: pas de commémoration consensuelle de la fin de la guerre, peu de grands films. Pourtant, cette guerre de sept années, qui alors n'osa jamais dire son nom, a été un moment considérable.
Source: Benjamin Stora, « Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d'Algérie », Rapport remis au Président de la République Emmanuel Macron, le 20 janvier 2021.
1 Pieds-noirs, immigrés, appelés, militants contre la guerre, « porteurs de valises », partisans de l'Algérie française, et enfants, familles de tous ces groupes.
2 Unanimiste: qui n'accepte qu'une seule vision.
3 Messali Hadj: fondateur et dirigeant du Mouvement National Algérien (MNA).

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, vous présenterez les enjeux historiques et mémoriels de la guerre d'Algérie.
Réponse : Une réponse construite et problématisée comprenant : - Une introduction présentant le document (rapport de l'historien Benjamin Stora remis à Emmanuel Macron en 2021) et posant la problématique des mémoires concurrentes et du rôle de l'histoire. - Un premier axe sur les mémoires éclatées et conflictuelles en France (appelés du contingent, pieds-noirs, harkis, immigrés algériens ; passage de l'oubli d'État et des « événements » à la reconnaissance officielle de la « guerre d'Algérie » en 1999). - Un deuxième axe sur la mémoire officielle et combattante en Algérie (construction de la « révolution » et de la guerre de libération comme mythe fondateur légitimant le FLN au pouvoir, occultation des violences fratricides FLN/MNA et du sort des harkis). - Un troisième axe sur les tentatives de réconciliation mémorielle et le rôle de la recherche historique pour dépasser la « concurrence des mémoires » et favoriser un dialogue apaisé entre les deux rives. - Une conclusion résumant les enjeux et soulignant la portée du rapport Stora dans la politique mémorielle contemporaine.
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