Abitur Hessen Französisch 2025 · LK · Kessous, M.: France-Sénégal, le chassé-croisé des généra-tions.

Aufgabe Französisch aus dem IQB-Pool 2025, LK · Kessous, M.: France-Sénégal, le chassé-croisé des généra-tions.: 3 Teilaufgaben mit Lösungen. Kostenlos.

Themen der Prüfung: Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez) · Analyse nicht-literarischer Texte und Dokumentvergleich (Analysez / Mettez en rapport) · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position) · Adressatenbezogenes Schreiben: Blog, Rede, Brief, Bewerbung

Aufgabe 1

Material

France-Sénégal, le chassé-croisé des générations (2022)

Par Mohamed Kessous

Ces jeunes gens ont presque tous la même histoire: un père et une mère ayant immigré sur le

Vieux Continent dans les années 1970 pour travailler comme ouvrier ou agent d’entretien. Un

milieu modeste. Une enfance dans un petit appartement HLM. Et des parents très attachés à

leurs racines qui – pour certains – apprennent le wolof ou le peul¹ à leurs filles et fils […]. « Ces

5 jeunes Français ont habité essentiellement en banlieue, par exemple aux Mureaux ou à Trappes

[Yvelines²], et ils partent pour créer leur entreprise dans différents secteurs, comme la restaura-

tion rapide ou le transport », décrit Amadou Diallo, le consul. Et Coumba Sow de préciser: « À la

différence de la France, le Sénégal est devenu une terre riche en opportunités. Tout le pays est

en développement. »

10 Nouvel aéroport. Autoroutes flambant neuves. Stades dernière génération. Bars, restaurants,

boutiques à la mode. Stabilité politique, même si le climat s’est tendu depuis plusieurs mois. Entre

2014 et 2018, le Sénégal a enregistré une croissance annuelle supérieure à 6 %. Après un ra-

lentissement dû à la pandémie de Covid-19, le pays a retrouvé, en 2021, le même rythme d’acti-

vité. « Ici, même ceux qui tombent se relèvent vite », explique Babacar Ndao, 35 ans, qui conseille

15 des personnes souhaitant s’établir³ au Sénégal. Un élan qui aurait eu plus de mal à s’exprimer à

Paris, à Limoges ou dans une cité française tant le plafond de Plexiglas – le verre est facile à

casser – reste difficile à briser. Du quartier Mermoz aux Almadies, des Parcelles assainies au

Plateau, Dakar est devenue, en quelques années, la ville des réussites insolentes⁴, la capitale

de tous les possibles, leur eldorado, leur cité bénie. « Nous sommes passés du “bled⁵ à papa” à

20 “mon pays” », se félicite le consul Amadou Diallo. « Nos parents ont quitté leur village pour trouver

une vie meilleure en France. Nous, nous quittons les cités pour trouver une vie meilleure au

Sénégal, pointe Ousmane Ba. Nous faisons le voyage en sens inverse. »

S’ancrer au pays des parents, Ousmane Ba a toujours eu « cette idée dans un coin de la tête ».

Assis sur un rocher le long de la corniche⁶, ce trentenaire à la gentillesse désarmante aime se

25 retrouver dans cet endroit de la capitale, face à l’océan Atlantique. Qu’il semble loin le temps où

il était plongeur⁷ dans les cuisines de l’hôpital de Poissy (Yvelines), sa ville natale. Il y a deux

ans, juste avant le premier confinement⁸, il pose ses « deux pieds » à Dakar pour ne pas se

retrouver coincé en France. Là-bas, avec 15 000 euros, il fonde Ecovap, une société de nettoyage

à la vapeur. Depuis, il ne compte pas ses heures à désinfecter tapis et canapés avec ses trois

30 salariés. Il est animé par son métier, dévoué à satisfaire sa clientèle qu’il est allé chercher « au

culot⁹ ». On le sent apaisé d’habiter dans son « autre pays », en famille, dans un vaste apparte-

ment, trop grand à son goût. De marcher sans qu’un policier lui demande ses « papiers ». D’al-

lumer la télé sans tomber sur un énième débat autour de l’islam sur une chaîne d’info en continu.

« En France, le climat politique est beaucoup trop anxiogène¹⁰. La France d’aujourd’hui est vio-

35 lente et triste, elle n’est plus celle que j’ai connue quand j’étais gamin: elle ne me donne pas

envie de rentrer, regrette-t-il. Attention, pas de malentendu: bien sûr que je suis français, même

si pour d’autres je ne le suis pas, ça, c’est leur problème, mais je suis aussi sénégalais. »

C’est son père qui a transmis à Ousmane le goût du Sénégal, pays qu’il a quitté en 1975 pour

devenir ouvrier chez Peugeot. […]

40 Troublant paradoxe: une partie de la jeunesse française s’installe au Sénégal alors qu’une jeu-

nesse sénégalaise rêve toujours de quitter, par tous les moyens, son pays frappé par un taux de

chômage encore très élevé (autour de 24 %). Celle-ci est même prête à risquer sa vie pour y

arriver. Face à cette situation, Penda Cissé, Ibrahima Sylla et d’autres ont fait le choix d’améliorer

les conditions de travail et de payer davantage leurs salariés. « Un plus gros salaire a permis à

45 quelques employés de s’enlever de l’esprit cette idée de partir », assure Ibrahima Sylla. « Il y a

moins de turnover¹¹ aussi. Certains ont pu s’acheter un scooter et arrivent tous les jours à l’heure,

car ils ne dépendent plus des transports », se réjouit Penda Cissé. « Je cherche à dissuader les

plus réfractaires¹² de partir, mais c’est difficile. Je leur dis: “Tu vas finir migrant sous une tente à

Paris; là-bas, on va mal te traiter. Ici, le pays est en développement” », avance Abdoulaye Thiam.

50 Leur réussite, ils la doivent surtout aux sacrifices de leurs parents. « C’est leur revanche. Ils n’ont

pas quitté leur village, il y a plus de quarante ans, pour rien », se félicite M. Thiam. Lui et d’autres

racontent l’inquiétude qu’ont pu ressentir leurs aînés quand ils ont appris qu’ils projetaient de

quitter la France. « Ils disaient qu’ils n’étaient pas partis du Sénégal pour que leurs enfants s’y

installent, se rappelle-t-il. En réalité, ils ne se sont pas rendu compte que le pays avait changé.

55 Aujourd’hui, ils sont fiers, très fiers qu’on ait fait quelque chose à Dakar. » « On verra dans

quelques années ceux qui resteront vraiment, tempère¹³ Salamata Konte. Mais, comme nos vies

sont ici, on fera probablement des enfants au Sénégal et la boucle sera bouclée¹⁴. » Et Ousmane

Ba de conclure: « Comme nos parents qui nous ont envoyés au Sénégal l’été, on les emmènera,

pour les vacances, en France. »

Notes de vocabulaire

¹ le wolof, le peul – langues parlées au Sénégal

² Yvelines – département en région parisienne

³ s’établir – s’installer

⁴ insolent – ici: extraordinaire

⁵ le bled – arabe le pays / le village

⁶ la corniche – dt. Küstenstraße

⁷ un plongeur – dt. hier: ein Tellerwäscher

⁸ le confinement – dt. hier: Ausgangsbeschränkungen wegen der Corona-Pandemie

⁹ au culot – dt. mit Dreistigkeit

¹⁰ anxiogène – dt. beängstigend

¹¹ le turnover – dt. hier: Personalwechsel

¹² réfractaire – rebelle

¹³ tempérer – dt. abschwächen, einschränken

¹⁴ la boucle est bouclée – dt. der Kreis schließt sich

Kessous, M. (2022). France-Sénégal, le chassé-croisé des générations. M Le magazine du Monde nº. 566. 23 juillet 2022. (960 mots)

1 Présentez Ousmane Ba et ses parents. [25 %]

Aufgabe 2

Material

France-Sénégal, le chassé-croisé des générations (2022)

Par Mohamed Kessous

Ces jeunes gens ont presque tous la même histoire: un père et une mère ayant immigré sur le

Vieux Continent dans les années 1970 pour travailler comme ouvrier ou agent d’entretien. Un

milieu modeste. Une enfance dans un petit appartement HLM. Et des parents très attachés à

leurs racines qui – pour certains – apprennent le wolof ou le peul¹ à leurs filles et fils […]. « Ces

5 jeunes Français ont habité essentiellement en banlieue, par exemple aux Mureaux ou à Trappes

[Yvelines²], et ils partent pour créer leur entreprise dans différents secteurs, comme la restaura-

tion rapide ou le transport », décrit Amadou Diallo, le consul. Et Coumba Sow de préciser: « À la

différence de la France, le Sénégal est devenu une terre riche en opportunités. Tout le pays est

en développement. »

10 Nouvel aéroport. Autoroutes flambant neuves. Stades dernière génération. Bars, restaurants,

boutiques à la mode. Stabilité politique, même si le climat s’est tendu depuis plusieurs mois. Entre

2014 et 2018, le Sénégal a enregistré une croissance annuelle supérieure à 6 %. Après un ra-

lentissement dû à la pandémie de Covid-19, le pays a retrouvé, en 2021, le même rythme d’acti-

vité. « Ici, même ceux qui tombent se relèvent vite », explique Babacar Ndao, 35 ans, qui conseille

15 des personnes souhaitant s’établir³ au Sénégal. Un élan qui aurait eu plus de mal à s’exprimer à

Paris, à Limoges ou dans une cité française tant le plafond de Plexiglas – le verre est facile à

casser – reste difficile à briser. Du quartier Mermoz aux Almadies, des Parcelles assainies au

Plateau, Dakar est devenue, en quelques années, la ville des réussites insolentes⁴, la capitale

de tous les possibles, leur eldorado, leur cité bénie. « Nous sommes passés du “bled⁵ à papa” à

20 “mon pays” », se félicite le consul Amadou Diallo. « Nos parents ont quitté leur village pour trouver

une vie meilleure en France. Nous, nous quittons les cités pour trouver une vie meilleure au

Sénégal, pointe Ousmane Ba. Nous faisons le voyage en sens inverse. »

S’ancrer au pays des parents, Ousmane Ba a toujours eu « cette idée dans un coin de la tête ».

Assis sur un rocher le long de la corniche⁶, ce trentenaire à la gentillesse désarmante aime se

25 retrouver dans cet endroit de la capitale, face à l’océan Atlantique. Qu’il semble loin le temps où

il était plongeur⁷ dans les cuisines de l’hôpital de Poissy (Yvelines), sa ville natale. Il y a deux

ans, juste avant le premier confinement⁸, il pose ses « deux pieds » à Dakar pour ne pas se

retrouver coincé en France. Là-bas, avec 15 000 euros, il fonde Ecovap, une société de nettoyage

à la vapeur. Depuis, il ne compte pas ses heures à désinfecter tapis et canapés avec ses trois

30 salariés. Il est animé par son métier, dévoué à satisfaire sa clientèle qu’il est allé chercher « au

culot⁹ ». On le sent apaisé d’habiter dans son « autre pays », en famille, dans un vaste apparte-

ment, trop grand à son goût. De marcher sans qu’un policier lui demande ses « papiers ». D’al-

lumer la télé sans tomber sur un énième débat autour de l’islam sur une chaîne d’info en continu.

« En France, le climat politique est beaucoup trop anxiogène¹⁰. La France d’aujourd’hui est vio-

35 lente et triste, elle n’est plus celle que j’ai connue quand j’étais gamin: elle ne me donne pas

envie de rentrer, regrette-t-il. Attention, pas de malentendu: bien sûr que je suis français, même

si pour d’autres je ne le suis pas, ça, c’est leur problème, mais je suis aussi sénégalais. »

C’est son père qui a transmis à Ousmane le goût du Sénégal, pays qu’il a quitté en 1975 pour

devenir ouvrier chez Peugeot. […]

40 Troublant paradoxe: une partie de la jeunesse française s’installe au Sénégal alors qu’une jeu-

nesse sénégalaise rêve toujours de quitter, par tous les moyens, son pays frappé par un taux de

chômage encore très élevé (autour de 24 %). Celle-ci est même prête à risquer sa vie pour y

arriver. Face à cette situation, Penda Cissé, Ibrahima Sylla et d’autres ont fait le choix d’améliorer

les conditions de travail et de payer davantage leurs salariés. « Un plus gros salaire a permis à

45 quelques employés de s’enlever de l’esprit cette idée de partir », assure Ibrahima Sylla. « Il y a

moins de turnover¹¹ aussi. Certains ont pu s’acheter un scooter et arrivent tous les jours à l’heure,

car ils ne dépendent plus des transports », se réjouit Penda Cissé. « Je cherche à dissuader les

plus réfractaires¹² de partir, mais c’est difficile. Je leur dis: “Tu vas finir migrant sous une tente à

Paris; là-bas, on va mal te traiter. Ici, le pays est en développement” », avance Abdoulaye Thiam.

50 Leur réussite, ils la doivent surtout aux sacrifices de leurs parents. « C’est leur revanche. Ils n’ont

pas quitté leur village, il y a plus de quarante ans, pour rien », se félicite M. Thiam. Lui et d’autres

racontent l’inquiétude qu’ont pu ressentir leurs aînés quand ils ont appris qu’ils projetaient de

quitter la France. « Ils disaient qu’ils n’étaient pas partis du Sénégal pour que leurs enfants s’y

installent, se rappelle-t-il. En réalité, ils ne se sont pas rendu compte que le pays avait changé.

55 Aujourd’hui, ils sont fiers, très fiers qu’on ait fait quelque chose à Dakar. » « On verra dans

quelques années ceux qui resteront vraiment, tempère¹³ Salamata Konte. Mais, comme nos vies

sont ici, on fera probablement des enfants au Sénégal et la boucle sera bouclée¹⁴. » Et Ousmane

Ba de conclure: « Comme nos parents qui nous ont envoyés au Sénégal l’été, on les emmènera,

pour les vacances, en France. »

Notes de vocabulaire

¹ le wolof, le peul – langues parlées au Sénégal

² Yvelines – département en région parisienne

³ s’établir – s’installer

⁴ insolent – ici: extraordinaire

⁵ le bled – arabe le pays / le village

⁶ la corniche – dt. Küstenstraße

⁷ un plongeur – dt. hier: ein Tellerwäscher

⁸ le confinement – dt. hier: Ausgangsbeschränkungen wegen der Corona-Pandemie

⁹ au culot – dt. mit Dreistigkeit

¹⁰ anxiogène – dt. beängstigend

¹¹ le turnover – dt. hier: Personalwechsel

¹² réfractaire – rebelle

¹³ tempérer – dt. abschwächen, einschränken

¹⁴ la boucle est bouclée – dt. der Kreis schließt sich

Kessous, M. (2022). France-Sénégal, le chassé-croisé des générations. M Le magazine du Monde nº. 566. 23 juillet 2022. (960 mots)

2 Comparez l'image donnée de la France à celle donnée du Sénégal en vous référant aussi aux moyens stylistiques employés par l'auteur et par les personnes citées dans l'article. [40 %]

Aufgabe 3.1

Material

France-Sénégal, le chassé-croisé des générations (2022)

Par Mohamed Kessous

Ces jeunes gens ont presque tous la même histoire: un père et une mère ayant immigré sur le

Vieux Continent dans les années 1970 pour travailler comme ouvrier ou agent d’entretien. Un

milieu modeste. Une enfance dans un petit appartement HLM. Et des parents très attachés à

leurs racines qui – pour certains – apprennent le wolof ou le peul¹ à leurs filles et fils […]. « Ces

5 jeunes Français ont habité essentiellement en banlieue, par exemple aux Mureaux ou à Trappes

[Yvelines²], et ils partent pour créer leur entreprise dans différents secteurs, comme la restaura-

tion rapide ou le transport », décrit Amadou Diallo, le consul. Et Coumba Sow de préciser: « À la

différence de la France, le Sénégal est devenu une terre riche en opportunités. Tout le pays est

en développement. »

10 Nouvel aéroport. Autoroutes flambant neuves. Stades dernière génération. Bars, restaurants,

boutiques à la mode. Stabilité politique, même si le climat s’est tendu depuis plusieurs mois. Entre

2014 et 2018, le Sénégal a enregistré une croissance annuelle supérieure à 6 %. Après un ra-

lentissement dû à la pandémie de Covid-19, le pays a retrouvé, en 2021, le même rythme d’acti-

vité. « Ici, même ceux qui tombent se relèvent vite », explique Babacar Ndao, 35 ans, qui conseille

15 des personnes souhaitant s’établir³ au Sénégal. Un élan qui aurait eu plus de mal à s’exprimer à

Paris, à Limoges ou dans une cité française tant le plafond de Plexiglas – le verre est facile à

casser – reste difficile à briser. Du quartier Mermoz aux Almadies, des Parcelles assainies au

Plateau, Dakar est devenue, en quelques années, la ville des réussites insolentes⁴, la capitale

de tous les possibles, leur eldorado, leur cité bénie. « Nous sommes passés du “bled⁵ à papa” à

20 “mon pays” », se félicite le consul Amadou Diallo. « Nos parents ont quitté leur village pour trouver

une vie meilleure en France. Nous, nous quittons les cités pour trouver une vie meilleure au

Sénégal, pointe Ousmane Ba. Nous faisons le voyage en sens inverse. »

S’ancrer au pays des parents, Ousmane Ba a toujours eu « cette idée dans un coin de la tête ».

Assis sur un rocher le long de la corniche⁶, ce trentenaire à la gentillesse désarmante aime se

25 retrouver dans cet endroit de la capitale, face à l’océan Atlantique. Qu’il semble loin le temps où

il était plongeur⁷ dans les cuisines de l’hôpital de Poissy (Yvelines), sa ville natale. Il y a deux

ans, juste avant le premier confinement⁸, il pose ses « deux pieds » à Dakar pour ne pas se

retrouver coincé en France. Là-bas, avec 15 000 euros, il fonde Ecovap, une société de nettoyage

à la vapeur. Depuis, il ne compte pas ses heures à désinfecter tapis et canapés avec ses trois

30 salariés. Il est animé par son métier, dévoué à satisfaire sa clientèle qu’il est allé chercher « au

culot⁹ ». On le sent apaisé d’habiter dans son « autre pays », en famille, dans un vaste apparte-

ment, trop grand à son goût. De marcher sans qu’un policier lui demande ses « papiers ». D’al-

lumer la télé sans tomber sur un énième débat autour de l’islam sur une chaîne d’info en continu.

« En France, le climat politique est beaucoup trop anxiogène¹⁰. La France d’aujourd’hui est vio-

35 lente et triste, elle n’est plus celle que j’ai connue quand j’étais gamin: elle ne me donne pas

envie de rentrer, regrette-t-il. Attention, pas de malentendu: bien sûr que je suis français, même

si pour d’autres je ne le suis pas, ça, c’est leur problème, mais je suis aussi sénégalais. »

C’est son père qui a transmis à Ousmane le goût du Sénégal, pays qu’il a quitté en 1975 pour

devenir ouvrier chez Peugeot. […]

40 Troublant paradoxe: une partie de la jeunesse française s’installe au Sénégal alors qu’une jeu-

nesse sénégalaise rêve toujours de quitter, par tous les moyens, son pays frappé par un taux de

chômage encore très élevé (autour de 24 %). Celle-ci est même prête à risquer sa vie pour y

arriver. Face à cette situation, Penda Cissé, Ibrahima Sylla et d’autres ont fait le choix d’améliorer

les conditions de travail et de payer davantage leurs salariés. « Un plus gros salaire a permis à

45 quelques employés de s’enlever de l’esprit cette idée de partir », assure Ibrahima Sylla. « Il y a

moins de turnover¹¹ aussi. Certains ont pu s’acheter un scooter et arrivent tous les jours à l’heure,

car ils ne dépendent plus des transports », se réjouit Penda Cissé. « Je cherche à dissuader les

plus réfractaires¹² de partir, mais c’est difficile. Je leur dis: “Tu vas finir migrant sous une tente à

Paris; là-bas, on va mal te traiter. Ici, le pays est en développement” », avance Abdoulaye Thiam.

50 Leur réussite, ils la doivent surtout aux sacrifices de leurs parents. « C’est leur revanche. Ils n’ont

pas quitté leur village, il y a plus de quarante ans, pour rien », se félicite M. Thiam. Lui et d’autres

racontent l’inquiétude qu’ont pu ressentir leurs aînés quand ils ont appris qu’ils projetaient de

quitter la France. « Ils disaient qu’ils n’étaient pas partis du Sénégal pour que leurs enfants s’y

installent, se rappelle-t-il. En réalité, ils ne se sont pas rendu compte que le pays avait changé.

55 Aujourd’hui, ils sont fiers, très fiers qu’on ait fait quelque chose à Dakar. » « On verra dans

quelques années ceux qui resteront vraiment, tempère¹³ Salamata Konte. Mais, comme nos vies

sont ici, on fera probablement des enfants au Sénégal et la boucle sera bouclée¹⁴. » Et Ousmane

Ba de conclure: « Comme nos parents qui nous ont envoyés au Sénégal l’été, on les emmènera,

pour les vacances, en France. »

Notes de vocabulaire

¹ le wolof, le peul – langues parlées au Sénégal

² Yvelines – département en région parisienne

³ s’établir – s’installer

⁴ insolent – ici: extraordinaire

⁵ le bled – arabe le pays / le village

⁶ la corniche – dt. Küstenstraße

⁷ un plongeur – dt. hier: ein Tellerwäscher

⁸ le confinement – dt. hier: Ausgangsbeschränkungen wegen der Corona-Pandemie

⁹ au culot – dt. mit Dreistigkeit

¹⁰ anxiogène – dt. beängstigend

¹¹ le turnover – dt. hier: Personalwechsel

¹² réfractaire – rebelle

¹³ tempérer – dt. abschwächen, einschränken

¹⁴ la boucle est bouclée – dt. der Kreis schließt sich

Kessous, M. (2022). France-Sénégal, le chassé-croisé des générations. M Le magazine du Monde nº. 566. 23 juillet 2022. (960 mots)

3.1 « L'Afrique n'est pas pauvre, on l'appauvrit depuis fort longtemps. L'Afrique n'a pas besoin d'offres et d'aide, elle a besoin de respect. » (Fatou Diome, écrivaine franco-sénégalaise, née en 1968)

Commentez. [35 %]

Aufgabe 3.2

Material

France-Sénégal, le chassé-croisé des générations (2022)

Par Mohamed Kessous

Ces jeunes gens ont presque tous la même histoire: un père et une mère ayant immigré sur le

Vieux Continent dans les années 1970 pour travailler comme ouvrier ou agent d’entretien. Un

milieu modeste. Une enfance dans un petit appartement HLM. Et des parents très attachés à

leurs racines qui – pour certains – apprennent le wolof ou le peul¹ à leurs filles et fils […]. « Ces

5 jeunes Français ont habité essentiellement en banlieue, par exemple aux Mureaux ou à Trappes

[Yvelines²], et ils partent pour créer leur entreprise dans différents secteurs, comme la restaura-

tion rapide ou le transport », décrit Amadou Diallo, le consul. Et Coumba Sow de préciser: « À la

différence de la France, le Sénégal est devenu une terre riche en opportunités. Tout le pays est

en développement. »

10 Nouvel aéroport. Autoroutes flambant neuves. Stades dernière génération. Bars, restaurants,

boutiques à la mode. Stabilité politique, même si le climat s’est tendu depuis plusieurs mois. Entre

2014 et 2018, le Sénégal a enregistré une croissance annuelle supérieure à 6 %. Après un ra-

lentissement dû à la pandémie de Covid-19, le pays a retrouvé, en 2021, le même rythme d’acti-

vité. « Ici, même ceux qui tombent se relèvent vite », explique Babacar Ndao, 35 ans, qui conseille

15 des personnes souhaitant s’établir³ au Sénégal. Un élan qui aurait eu plus de mal à s’exprimer à

Paris, à Limoges ou dans une cité française tant le plafond de Plexiglas – le verre est facile à

casser – reste difficile à briser. Du quartier Mermoz aux Almadies, des Parcelles assainies au

Plateau, Dakar est devenue, en quelques années, la ville des réussites insolentes⁴, la capitale

de tous les possibles, leur eldorado, leur cité bénie. « Nous sommes passés du “bled⁵ à papa” à

20 “mon pays” », se félicite le consul Amadou Diallo. « Nos parents ont quitté leur village pour trouver

une vie meilleure en France. Nous, nous quittons les cités pour trouver une vie meilleure au

Sénégal, pointe Ousmane Ba. Nous faisons le voyage en sens inverse. »

S’ancrer au pays des parents, Ousmane Ba a toujours eu « cette idée dans un coin de la tête ».

Assis sur un rocher le long de la corniche⁶, ce trentenaire à la gentillesse désarmante aime se

25 retrouver dans cet endroit de la capitale, face à l’océan Atlantique. Qu’il semble loin le temps où

il était plongeur⁷ dans les cuisines de l’hôpital de Poissy (Yvelines), sa ville natale. Il y a deux

ans, juste avant le premier confinement⁸, il pose ses « deux pieds » à Dakar pour ne pas se

retrouver coincé en France. Là-bas, avec 15 000 euros, il fonde Ecovap, une société de nettoyage

à la vapeur. Depuis, il ne compte pas ses heures à désinfecter tapis et canapés avec ses trois

30 salariés. Il est animé par son métier, dévoué à satisfaire sa clientèle qu’il est allé chercher « au

culot⁹ ». On le sent apaisé d’habiter dans son « autre pays », en famille, dans un vaste apparte-

ment, trop grand à son goût. De marcher sans qu’un policier lui demande ses « papiers ». D’al-

lumer la télé sans tomber sur un énième débat autour de l’islam sur une chaîne d’info en continu.

« En France, le climat politique est beaucoup trop anxiogène¹⁰. La France d’aujourd’hui est vio-

35 lente et triste, elle n’est plus celle que j’ai connue quand j’étais gamin: elle ne me donne pas

envie de rentrer, regrette-t-il. Attention, pas de malentendu: bien sûr que je suis français, même

si pour d’autres je ne le suis pas, ça, c’est leur problème, mais je suis aussi sénégalais. »

C’est son père qui a transmis à Ousmane le goût du Sénégal, pays qu’il a quitté en 1975 pour

devenir ouvrier chez Peugeot. […]

40 Troublant paradoxe: une partie de la jeunesse française s’installe au Sénégal alors qu’une jeu-

nesse sénégalaise rêve toujours de quitter, par tous les moyens, son pays frappé par un taux de

chômage encore très élevé (autour de 24 %). Celle-ci est même prête à risquer sa vie pour y

arriver. Face à cette situation, Penda Cissé, Ibrahima Sylla et d’autres ont fait le choix d’améliorer

les conditions de travail et de payer davantage leurs salariés. « Un plus gros salaire a permis à

45 quelques employés de s’enlever de l’esprit cette idée de partir », assure Ibrahima Sylla. « Il y a

moins de turnover¹¹ aussi. Certains ont pu s’acheter un scooter et arrivent tous les jours à l’heure,

car ils ne dépendent plus des transports », se réjouit Penda Cissé. « Je cherche à dissuader les

plus réfractaires¹² de partir, mais c’est difficile. Je leur dis: “Tu vas finir migrant sous une tente à

Paris; là-bas, on va mal te traiter. Ici, le pays est en développement” », avance Abdoulaye Thiam.

50 Leur réussite, ils la doivent surtout aux sacrifices de leurs parents. « C’est leur revanche. Ils n’ont

pas quitté leur village, il y a plus de quarante ans, pour rien », se félicite M. Thiam. Lui et d’autres

racontent l’inquiétude qu’ont pu ressentir leurs aînés quand ils ont appris qu’ils projetaient de

quitter la France. « Ils disaient qu’ils n’étaient pas partis du Sénégal pour que leurs enfants s’y

installent, se rappelle-t-il. En réalité, ils ne se sont pas rendu compte que le pays avait changé.

55 Aujourd’hui, ils sont fiers, très fiers qu’on ait fait quelque chose à Dakar. » « On verra dans

quelques années ceux qui resteront vraiment, tempère¹³ Salamata Konte. Mais, comme nos vies

sont ici, on fera probablement des enfants au Sénégal et la boucle sera bouclée¹⁴. » Et Ousmane

Ba de conclure: « Comme nos parents qui nous ont envoyés au Sénégal l’été, on les emmènera,

pour les vacances, en France. »

Notes de vocabulaire

¹ le wolof, le peul – langues parlées au Sénégal

² Yvelines – département en région parisienne

³ s’établir – s’installer

⁴ insolent – ici: extraordinaire

⁵ le bled – arabe le pays / le village

⁶ la corniche – dt. Küstenstraße

⁷ un plongeur – dt. hier: ein Tellerwäscher

⁸ le confinement – dt. hier: Ausgangsbeschränkungen wegen der Corona-Pandemie

⁹ au culot – dt. mit Dreistigkeit

¹⁰ anxiogène – dt. beängstigend

¹¹ le turnover – dt. hier: Personalwechsel

¹² réfractaire – rebelle

¹³ tempérer – dt. abschwächen, einschränken

¹⁴ la boucle est bouclée – dt. der Kreis schließt sich

Kessous, M. (2022). France-Sénégal, le chassé-croisé des générations. M Le magazine du Monde nº. 566. 23 juillet 2022. (960 mots)

3.2 Abdoulaye Thiam est invité au Centre National d'Orientation Scolaire et Professionnelle de Dakar pour parler aux élèves des chances et des risques d'une immigration en Europe.

Rédigez le manuscrit de son discours. [35 %]

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