Abitur Berlin Französisch 2026 · LK · Slimani, L.: Le pays des autres

Aufgabe Französisch aus dem IQB-Pool 2026, LK · Slimani, L.: Le pays des autres: 3 Teilaufgaben mit Lösungen. Mit automatischer Korrektur.

Themen der Aufgabe: Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez) · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez) · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position) · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage)

Aufgabe 1

Material

Leïla Slimani: Le pays des autres (2020)

En 1947, Mathilde, une jeune Française, et Amine, son mari marocain, arrivent au Maroc 1 pour s'installer dans une ferme avec leur enfant qui va bientôt naître.

« J’ai une mauvaise nouvelle. Nous devons attendre quelques mois avant de nous installer

sur notre propriété. J’ai parlé au locataire et il refuse de quitter la ferme avant la fin du bail.

J’ai essayé de trouver un appartement à Meknès 2, mais il y a encore beaucoup de réfugiés

et rien à louer pour un prix raisonnable. » Mathilde était désemparée.

5 « Et que ferons-nous alors ?

— Nous allons vivre chez ma mère en attendant. »

Mathilde sauta sur ses pieds et elle se mit à rire.

« Tu n’es pas sérieux ? » Elle avait l’air de trouver la situation ridicule, hilarante. Comment

un homme comme Amine, un homme capable de la posséder comme il l’avait fait cette nuit,

10 pouvait-il lui faire croire qu’ils allaient vivre chez sa mère ?

Mais Amine ne goûta pas la plaisanterie. Il resta assis, pour ne pas avoir à subir la différence

de taille entre sa femme et lui. D’une voix glacée, les yeux fixés sur le sol en granito, il af-

firma:

« Ici, c’est comme ça. » [...]

15 Trois jours plus tard, ils montèrent dans un camion dont le chauffeur avait accepté de les

conduire jusqu’à Meknès. Mathilde était incommodée par l’odeur du routier et par le mauvais

état de la route. Deux fois, ils s’arrêtèrent au bord du fossé pour qu’elle puisse vomir. Pâle et

épuisée, les yeux fixés sur un paysage auquel elle ne trouvait ni sens ni beauté, Mathilde fut

submergée par la mélancolie. « Faites, se dit-elle, que ce pays ne me soit pas hostile. Ce

20 monde me sera-t-il un jour familier ? » Quand ils arrivèrent à Meknès, la nuit était tombée et

une pluie drue et glacée s’abattait contre le pare-brise du camion. « Il est trop tard pour te

présenter ma mère, expliqua Amine. Nous dormons à l’hôtel. »

La ville lui parut noire et hostile. [...] Une séparation stricte entre la médina 3, dont les mœurs

ancestrales devaient être préservées, et la ville européenne, dont les rues portaient des noms

25 de villes françaises et qui se voulait un laboratoire de la modernité. Le camion les déposa en

contrebas, sur la rive gauche de l’oued 4 Boufakrane, à l’entrée de la ville indigène 5. [...]

Ils s’installèrent dans un hôtel convenable et le réceptionniste examina, avec des précautions

de fonctionnaire, leurs papiers et leur acte de mariage. Dans l’escalier qui les menait à leur

chambre, une dispute faillit éclater car le garçon d’étage s’obstinait à parler en arabe à Amine

30 qui s’adressait à lui en français. L’adolescent jeta à Mathilde des regards équivoques. Lui qui

devait fournir aux autorités un petit papier pour prouver qu’il avait le droit, la nuit, de marcher

dans les rues de la ville nouvelle en voulait à Amine de coucher avec l’ennemie et de circuler

en liberté. À peine eurent-ils déposé leurs bagages dans leur chambre, qu’Amine remit son

manteau et son chapeau. « Je vais saluer ma famille. Je ne tarderai pas. » Il ne lui laissa pas

35 le temps de répondre, claqua la porte et elle l’entendit courir dans l’escalier.

Mathilde s’assit sur le lit, ses jambes ramenées contre son torse. Que faisait-elle ici ? Elle ne

pouvait s’en prendre qu’à elle-même et à sa vanité. C’est elle qui avait voulu vivre l’aventure,

qui s’était embarquée, bravache 6, dans ce mariage dont ses amies d’enfance enviaient l’exo-

tisme. À présent, elle pouvait être l’objet de n’importe quelle moquerie, de n’importe quelle

40 trahison. Peut-être Amine avait-il rejoint une maîtresse 7 ? Peut-être même était-il marié,

puisque, comme son père le lui avait dit avec une moue gênée, les hommes ici étaient poly-

games ? Il jouait peut-être aux cartes dans un bistrot à quelques pas d’ici, se réjouissant de-

vant ses amis d’avoir faussé compagnie 8 à sa pesante épouse. Elle se mit à pleurer. Elle avait

honte de céder à la panique, mais la nuit était tombée, elle ne savait pas où elle était. Si Amine

45 ne revenait pas, elle serait complètement perdue, sans argent, sans ami. Elle ne connaissait

même pas le nom de la rue où ils logeaient.

Quand Amine rentra, un peu avant minuit, elle était là, échevelée 9, le visage rouge et décom-

posé. Elle avait mis du temps à ouvrir la porte, elle tremblait et il crut que quelque chose s’était

passé. Elle se jeta dans ses bras et elle tenta d’expliquer sa peur, sa nostalgie, l’angoisse folle

50 qui l’avait étreinte. Il ne comprenait pas, et le corps de sa femme, accrochée à lui, lui sembla

affreusement lourd. Il l’attira vers le lit et ils s’assirent l’un à côté de l’autre. Amine avait le cou

mouillé de larmes. Mathilde se calma, sa respiration se fit plus lente, elle renifla plusieurs fois

et Amine lui tendit un mouchoir qu’il avait caché dans sa manche. Il lui caressa lentement le

dos et lui dit: « Ne fais pas la petite fille. Tu es ma femme maintenant. Ta vie est ici. »

820 mots

Slimani, L. (2020). Le pays des autres. Paris. Gallimard. p. 23-28.

1 À cette époque, le Maroc est placé sous le régime du protectorat français. Le Maroc retrouvera son indépendance en 1956 après 44 ans de domination française.

2 Meknès – ville située au Maroc

3 la médina – au Maroc, centre d’une ville traditionnelle

4 l’oued (m.) – une rivière dont le lit est complètement sec à certains époques

5 la ville indigène – ici: quartier où n’habitent que des Marocains

6 bravache – qui fait semblant d’être courageuse

7 la maîtresse – l’amante (f.)

8 fausser compagnie à qn – abandonner qn brusquement

9 échevelé,e – les cheveux en désordre

1 Aufgabe

Aufgabenstellung

1 Présentez la situation du couple jusqu'à ce qu'Amine quitte l'hôtel. (25%)

Aufgabe 2

Material

Leïla Slimani: Le pays des autres (2020)

En 1947, Mathilde, une jeune Française, et Amine, son mari marocain, arrivent au Maroc 1 pour s'installer dans une ferme avec leur enfant qui va bientôt naître.

« J’ai une mauvaise nouvelle. Nous devons attendre quelques mois avant de nous installer

sur notre propriété. J’ai parlé au locataire et il refuse de quitter la ferme avant la fin du bail.

J’ai essayé de trouver un appartement à Meknès 2, mais il y a encore beaucoup de réfugiés

et rien à louer pour un prix raisonnable. » Mathilde était désemparée.

5 « Et que ferons-nous alors ?

— Nous allons vivre chez ma mère en attendant. »

Mathilde sauta sur ses pieds et elle se mit à rire.

« Tu n’es pas sérieux ? » Elle avait l’air de trouver la situation ridicule, hilarante. Comment

un homme comme Amine, un homme capable de la posséder comme il l’avait fait cette nuit,

10 pouvait-il lui faire croire qu’ils allaient vivre chez sa mère ?

Mais Amine ne goûta pas la plaisanterie. Il resta assis, pour ne pas avoir à subir la différence

de taille entre sa femme et lui. D’une voix glacée, les yeux fixés sur le sol en granito, il af-

firma:

« Ici, c’est comme ça. » [...]

15 Trois jours plus tard, ils montèrent dans un camion dont le chauffeur avait accepté de les

conduire jusqu’à Meknès. Mathilde était incommodée par l’odeur du routier et par le mauvais

état de la route. Deux fois, ils s’arrêtèrent au bord du fossé pour qu’elle puisse vomir. Pâle et

épuisée, les yeux fixés sur un paysage auquel elle ne trouvait ni sens ni beauté, Mathilde fut

submergée par la mélancolie. « Faites, se dit-elle, que ce pays ne me soit pas hostile. Ce

20 monde me sera-t-il un jour familier ? » Quand ils arrivèrent à Meknès, la nuit était tombée et

une pluie drue et glacée s’abattait contre le pare-brise du camion. « Il est trop tard pour te

présenter ma mère, expliqua Amine. Nous dormons à l’hôtel. »

La ville lui parut noire et hostile. [...] Une séparation stricte entre la médina 3, dont les mœurs

ancestrales devaient être préservées, et la ville européenne, dont les rues portaient des noms

25 de villes françaises et qui se voulait un laboratoire de la modernité. Le camion les déposa en

contrebas, sur la rive gauche de l’oued 4 Boufakrane, à l’entrée de la ville indigène 5. [...]

Ils s’installèrent dans un hôtel convenable et le réceptionniste examina, avec des précautions

de fonctionnaire, leurs papiers et leur acte de mariage. Dans l’escalier qui les menait à leur

chambre, une dispute faillit éclater car le garçon d’étage s’obstinait à parler en arabe à Amine

30 qui s’adressait à lui en français. L’adolescent jeta à Mathilde des regards équivoques. Lui qui

devait fournir aux autorités un petit papier pour prouver qu’il avait le droit, la nuit, de marcher

dans les rues de la ville nouvelle en voulait à Amine de coucher avec l’ennemie et de circuler

en liberté. À peine eurent-ils déposé leurs bagages dans leur chambre, qu’Amine remit son

manteau et son chapeau. « Je vais saluer ma famille. Je ne tarderai pas. » Il ne lui laissa pas

35 le temps de répondre, claqua la porte et elle l’entendit courir dans l’escalier.

Mathilde s’assit sur le lit, ses jambes ramenées contre son torse. Que faisait-elle ici ? Elle ne

pouvait s’en prendre qu’à elle-même et à sa vanité. C’est elle qui avait voulu vivre l’aventure,

qui s’était embarquée, bravache 6, dans ce mariage dont ses amies d’enfance enviaient l’exo-

tisme. À présent, elle pouvait être l’objet de n’importe quelle moquerie, de n’importe quelle

40 trahison. Peut-être Amine avait-il rejoint une maîtresse 7 ? Peut-être même était-il marié,

puisque, comme son père le lui avait dit avec une moue gênée, les hommes ici étaient poly-

games ? Il jouait peut-être aux cartes dans un bistrot à quelques pas d’ici, se réjouissant de-

vant ses amis d’avoir faussé compagnie 8 à sa pesante épouse. Elle se mit à pleurer. Elle avait

honte de céder à la panique, mais la nuit était tombée, elle ne savait pas où elle était. Si Amine

45 ne revenait pas, elle serait complètement perdue, sans argent, sans ami. Elle ne connaissait

même pas le nom de la rue où ils logeaient.

Quand Amine rentra, un peu avant minuit, elle était là, échevelée 9, le visage rouge et décom-

posé. Elle avait mis du temps à ouvrir la porte, elle tremblait et il crut que quelque chose s’était

passé. Elle se jeta dans ses bras et elle tenta d’expliquer sa peur, sa nostalgie, l’angoisse folle

50 qui l’avait étreinte. Il ne comprenait pas, et le corps de sa femme, accrochée à lui, lui sembla

affreusement lourd. Il l’attira vers le lit et ils s’assirent l’un à côté de l’autre. Amine avait le cou

mouillé de larmes. Mathilde se calma, sa respiration se fit plus lente, elle renifla plusieurs fois

et Amine lui tendit un mouchoir qu’il avait caché dans sa manche. Il lui caressa lentement le

dos et lui dit: « Ne fais pas la petite fille. Tu es ma femme maintenant. Ta vie est ici. »

820 mots

Slimani, L. (2020). Le pays des autres. Paris. Gallimard. p. 23-28.

1 À cette époque, le Maroc est placé sous le régime du protectorat français. Le Maroc retrouvera son indépendance en 1956 après 44 ans de domination française.

2 Meknès – ville située au Maroc

3 la médina – au Maroc, centre d’une ville traditionnelle

4 l’oued (m.) – une rivière dont le lit est complètement sec à certains époques

5 la ville indigène – ici: quartier où n’habitent que des Marocains

6 bravache – qui fait semblant d’être courageuse

7 la maîtresse – l’amante (f.)

8 fausser compagnie à qn – abandonner qn brusquement

9 échevelé,e – les cheveux en désordre

1 Aufgabe

Aufgabenstellung

2 Analysez les sentiments de Mathilde en tenant compte des procédés d'écriture utilisés. (40%)

Aufgabe 3.1

Material

Leïla Slimani: Le pays des autres (2020)

En 1947, Mathilde, une jeune Française, et Amine, son mari marocain, arrivent au Maroc 1 pour s'installer dans une ferme avec leur enfant qui va bientôt naître.

« J’ai une mauvaise nouvelle. Nous devons attendre quelques mois avant de nous installer

sur notre propriété. J’ai parlé au locataire et il refuse de quitter la ferme avant la fin du bail.

J’ai essayé de trouver un appartement à Meknès 2, mais il y a encore beaucoup de réfugiés

et rien à louer pour un prix raisonnable. » Mathilde était désemparée.

5 « Et que ferons-nous alors ?

— Nous allons vivre chez ma mère en attendant. »

Mathilde sauta sur ses pieds et elle se mit à rire.

« Tu n’es pas sérieux ? » Elle avait l’air de trouver la situation ridicule, hilarante. Comment

un homme comme Amine, un homme capable de la posséder comme il l’avait fait cette nuit,

10 pouvait-il lui faire croire qu’ils allaient vivre chez sa mère ?

Mais Amine ne goûta pas la plaisanterie. Il resta assis, pour ne pas avoir à subir la différence

de taille entre sa femme et lui. D’une voix glacée, les yeux fixés sur le sol en granito, il af-

firma:

« Ici, c’est comme ça. » [...]

15 Trois jours plus tard, ils montèrent dans un camion dont le chauffeur avait accepté de les

conduire jusqu’à Meknès. Mathilde était incommodée par l’odeur du routier et par le mauvais

état de la route. Deux fois, ils s’arrêtèrent au bord du fossé pour qu’elle puisse vomir. Pâle et

épuisée, les yeux fixés sur un paysage auquel elle ne trouvait ni sens ni beauté, Mathilde fut

submergée par la mélancolie. « Faites, se dit-elle, que ce pays ne me soit pas hostile. Ce

20 monde me sera-t-il un jour familier ? » Quand ils arrivèrent à Meknès, la nuit était tombée et

une pluie drue et glacée s’abattait contre le pare-brise du camion. « Il est trop tard pour te

présenter ma mère, expliqua Amine. Nous dormons à l’hôtel. »

La ville lui parut noire et hostile. [...] Une séparation stricte entre la médina 3, dont les mœurs

ancestrales devaient être préservées, et la ville européenne, dont les rues portaient des noms

25 de villes françaises et qui se voulait un laboratoire de la modernité. Le camion les déposa en

contrebas, sur la rive gauche de l’oued 4 Boufakrane, à l’entrée de la ville indigène 5. [...]

Ils s’installèrent dans un hôtel convenable et le réceptionniste examina, avec des précautions

de fonctionnaire, leurs papiers et leur acte de mariage. Dans l’escalier qui les menait à leur

chambre, une dispute faillit éclater car le garçon d’étage s’obstinait à parler en arabe à Amine

30 qui s’adressait à lui en français. L’adolescent jeta à Mathilde des regards équivoques. Lui qui

devait fournir aux autorités un petit papier pour prouver qu’il avait le droit, la nuit, de marcher

dans les rues de la ville nouvelle en voulait à Amine de coucher avec l’ennemie et de circuler

en liberté. À peine eurent-ils déposé leurs bagages dans leur chambre, qu’Amine remit son

manteau et son chapeau. « Je vais saluer ma famille. Je ne tarderai pas. » Il ne lui laissa pas

35 le temps de répondre, claqua la porte et elle l’entendit courir dans l’escalier.

Mathilde s’assit sur le lit, ses jambes ramenées contre son torse. Que faisait-elle ici ? Elle ne

pouvait s’en prendre qu’à elle-même et à sa vanité. C’est elle qui avait voulu vivre l’aventure,

qui s’était embarquée, bravache 6, dans ce mariage dont ses amies d’enfance enviaient l’exo-

tisme. À présent, elle pouvait être l’objet de n’importe quelle moquerie, de n’importe quelle

40 trahison. Peut-être Amine avait-il rejoint une maîtresse 7 ? Peut-être même était-il marié,

puisque, comme son père le lui avait dit avec une moue gênée, les hommes ici étaient poly-

games ? Il jouait peut-être aux cartes dans un bistrot à quelques pas d’ici, se réjouissant de-

vant ses amis d’avoir faussé compagnie 8 à sa pesante épouse. Elle se mit à pleurer. Elle avait

honte de céder à la panique, mais la nuit était tombée, elle ne savait pas où elle était. Si Amine

45 ne revenait pas, elle serait complètement perdue, sans argent, sans ami. Elle ne connaissait

même pas le nom de la rue où ils logeaient.

Quand Amine rentra, un peu avant minuit, elle était là, échevelée 9, le visage rouge et décom-

posé. Elle avait mis du temps à ouvrir la porte, elle tremblait et il crut que quelque chose s’était

passé. Elle se jeta dans ses bras et elle tenta d’expliquer sa peur, sa nostalgie, l’angoisse folle

50 qui l’avait étreinte. Il ne comprenait pas, et le corps de sa femme, accrochée à lui, lui sembla

affreusement lourd. Il l’attira vers le lit et ils s’assirent l’un à côté de l’autre. Amine avait le cou

mouillé de larmes. Mathilde se calma, sa respiration se fit plus lente, elle renifla plusieurs fois

et Amine lui tendit un mouchoir qu’il avait caché dans sa manche. Il lui caressa lentement le

dos et lui dit: « Ne fais pas la petite fille. Tu es ma femme maintenant. Ta vie est ici. »

820 mots

Slimani, L. (2020). Le pays des autres. Paris. Gallimard. p. 23-28.

1 À cette époque, le Maroc est placé sous le régime du protectorat français. Le Maroc retrouvera son indépendance en 1956 après 44 ans de domination française.

2 Meknès – ville située au Maroc

3 la médina – au Maroc, centre d’une ville traditionnelle

4 l’oued (m.) – une rivière dont le lit est complètement sec à certains époques

5 la ville indigène – ici: quartier où n’habitent que des Marocains

6 bravache – qui fait semblant d’être courageuse

7 la maîtresse – l’amante (f.)

8 fausser compagnie à qn – abandonner qn brusquement

9 échevelé,e – les cheveux en désordre

Au choix

3.1 Dans le même roman, Omar, le frère d'Amine, dit: « Nous sommes tous en prison. Tant que nous vivrons dans un pays colonisé, nous ne pouvons pas nous dire libres. »

Commentez cette citation. (35%)

Aufgabe 3.2

Material

Leïla Slimani: Le pays des autres (2020)

En 1947, Mathilde, une jeune Française, et Amine, son mari marocain, arrivent au Maroc 1 pour s'installer dans une ferme avec leur enfant qui va bientôt naître.

« J’ai une mauvaise nouvelle. Nous devons attendre quelques mois avant de nous installer

sur notre propriété. J’ai parlé au locataire et il refuse de quitter la ferme avant la fin du bail.

J’ai essayé de trouver un appartement à Meknès 2, mais il y a encore beaucoup de réfugiés

et rien à louer pour un prix raisonnable. » Mathilde était désemparée.

5 « Et que ferons-nous alors ?

— Nous allons vivre chez ma mère en attendant. »

Mathilde sauta sur ses pieds et elle se mit à rire.

« Tu n’es pas sérieux ? » Elle avait l’air de trouver la situation ridicule, hilarante. Comment

un homme comme Amine, un homme capable de la posséder comme il l’avait fait cette nuit,

10 pouvait-il lui faire croire qu’ils allaient vivre chez sa mère ?

Mais Amine ne goûta pas la plaisanterie. Il resta assis, pour ne pas avoir à subir la différence

de taille entre sa femme et lui. D’une voix glacée, les yeux fixés sur le sol en granito, il af-

firma:

« Ici, c’est comme ça. » [...]

15 Trois jours plus tard, ils montèrent dans un camion dont le chauffeur avait accepté de les

conduire jusqu’à Meknès. Mathilde était incommodée par l’odeur du routier et par le mauvais

état de la route. Deux fois, ils s’arrêtèrent au bord du fossé pour qu’elle puisse vomir. Pâle et

épuisée, les yeux fixés sur un paysage auquel elle ne trouvait ni sens ni beauté, Mathilde fut

submergée par la mélancolie. « Faites, se dit-elle, que ce pays ne me soit pas hostile. Ce

20 monde me sera-t-il un jour familier ? » Quand ils arrivèrent à Meknès, la nuit était tombée et

une pluie drue et glacée s’abattait contre le pare-brise du camion. « Il est trop tard pour te

présenter ma mère, expliqua Amine. Nous dormons à l’hôtel. »

La ville lui parut noire et hostile. [...] Une séparation stricte entre la médina 3, dont les mœurs

ancestrales devaient être préservées, et la ville européenne, dont les rues portaient des noms

25 de villes françaises et qui se voulait un laboratoire de la modernité. Le camion les déposa en

contrebas, sur la rive gauche de l’oued 4 Boufakrane, à l’entrée de la ville indigène 5. [...]

Ils s’installèrent dans un hôtel convenable et le réceptionniste examina, avec des précautions

de fonctionnaire, leurs papiers et leur acte de mariage. Dans l’escalier qui les menait à leur

chambre, une dispute faillit éclater car le garçon d’étage s’obstinait à parler en arabe à Amine

30 qui s’adressait à lui en français. L’adolescent jeta à Mathilde des regards équivoques. Lui qui

devait fournir aux autorités un petit papier pour prouver qu’il avait le droit, la nuit, de marcher

dans les rues de la ville nouvelle en voulait à Amine de coucher avec l’ennemie et de circuler

en liberté. À peine eurent-ils déposé leurs bagages dans leur chambre, qu’Amine remit son

manteau et son chapeau. « Je vais saluer ma famille. Je ne tarderai pas. » Il ne lui laissa pas

35 le temps de répondre, claqua la porte et elle l’entendit courir dans l’escalier.

Mathilde s’assit sur le lit, ses jambes ramenées contre son torse. Que faisait-elle ici ? Elle ne

pouvait s’en prendre qu’à elle-même et à sa vanité. C’est elle qui avait voulu vivre l’aventure,

qui s’était embarquée, bravache 6, dans ce mariage dont ses amies d’enfance enviaient l’exo-

tisme. À présent, elle pouvait être l’objet de n’importe quelle moquerie, de n’importe quelle

40 trahison. Peut-être Amine avait-il rejoint une maîtresse 7 ? Peut-être même était-il marié,

puisque, comme son père le lui avait dit avec une moue gênée, les hommes ici étaient poly-

games ? Il jouait peut-être aux cartes dans un bistrot à quelques pas d’ici, se réjouissant de-

vant ses amis d’avoir faussé compagnie 8 à sa pesante épouse. Elle se mit à pleurer. Elle avait

honte de céder à la panique, mais la nuit était tombée, elle ne savait pas où elle était. Si Amine

45 ne revenait pas, elle serait complètement perdue, sans argent, sans ami. Elle ne connaissait

même pas le nom de la rue où ils logeaient.

Quand Amine rentra, un peu avant minuit, elle était là, échevelée 9, le visage rouge et décom-

posé. Elle avait mis du temps à ouvrir la porte, elle tremblait et il crut que quelque chose s’était

passé. Elle se jeta dans ses bras et elle tenta d’expliquer sa peur, sa nostalgie, l’angoisse folle

50 qui l’avait étreinte. Il ne comprenait pas, et le corps de sa femme, accrochée à lui, lui sembla

affreusement lourd. Il l’attira vers le lit et ils s’assirent l’un à côté de l’autre. Amine avait le cou

mouillé de larmes. Mathilde se calma, sa respiration se fit plus lente, elle renifla plusieurs fois

et Amine lui tendit un mouchoir qu’il avait caché dans sa manche. Il lui caressa lentement le

dos et lui dit: « Ne fais pas la petite fille. Tu es ma femme maintenant. Ta vie est ici. »

820 mots

Slimani, L. (2020). Le pays des autres. Paris. Gallimard. p. 23-28.

1 À cette époque, le Maroc est placé sous le régime du protectorat français. Le Maroc retrouvera son indépendance en 1956 après 44 ans de domination française.

2 Meknès – ville située au Maroc

3 la médina – au Maroc, centre d’une ville traditionnelle

4 l’oued (m.) – une rivière dont le lit est complètement sec à certains époques

5 la ville indigène – ici: quartier où n’habitent que des Marocains

6 bravache – qui fait semblant d’être courageuse

7 la maîtresse – l’amante (f.)

8 fausser compagnie à qn – abandonner qn brusquement

9 échevelé,e – les cheveux en désordre

Au choix

3.2 Dans une lettre à son amie française, Mathilde s'est demandé si elle pourrait vraiment vivre au Maroc. Celle-ci lui répond en lui donnant des conseils.

Rédigez la lettre de cette amie. (35%)

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